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Arts & Expos

Et le Mac's fut...

Claude Lorent

Publié le - Mis à jour le

Espéré, attendu, en chantier pendant plus de dix ans, le Mac's, Musée des Arts contemporains de la Communauté française, harmonieusement intégré dans le site patrimonial du Grand-Hornu, est inauguré ce jour. Une oeuvre architecturale de Pierre Hebbelinck, sobre, de taille moyenne, admirablement fonctionnelle, en osmose avec le bâtiment de l'ancien charbonnage hennuyer, est l'écrin idéal d'une exposition qui brasse le temps, le monde et l'art à la manière de Laurent Busine, le directeur du lieu.

Mariage consommé

Le mariage est intimement consommé. Avant d'accéder au nouveau musée proprement dit, le parcours de l'exposition débute dans les deux ailes anciennes. Et l'on passera ainsi du patrimonial à l'actualité en un cheminement naturel. Ce choix correspond au fondement même de l'exposition qui entend lier le temps, l'histoire, la mémoire, la vie en ses touts et ses riens, en ses bonheurs et ses souffrances, en ses rêves et ses réalités. D'entrée, le Boltanski, Les registres du Grand-Hornu, impose aux visiteurs le labeur et les êtres de la région, plaçant l'ensemble de L'Herbier et le Nuage dans un contexte auquel chaque pièce, d'art contemporain ou ancien, apporte sa petite nuance, sa petite pierre en un édifice fragile, ténu, en ces engagements poétiques, en ces passages, en ces entre deux des choses et des gens, dont Laurent Busine a le secret.

L'exposition de cette ouverture tant attendue est tout sauf spectaculaire et grandiose, au contraire, elle puise aux sources de l'imperceptible, du mystère, parfois de la magie, de l'incommensurable et de l'éphémère. Elle se présente avec une réelle discrétion, façon de rendre hommage à l'architecte, façon surtout de dire le monde sans prétention, de l'aborder par les biais en n'oubliant jamais que le temps fait son oeuvre.

Notre bonne vieille terre

Les pieds sur terre à travers les photographies d'un herbier annoté - pourquoi ne pas montrer l'herbier? -, la tête dans les nuages en regardant au sol dans les miroirs circulaires d'Ann Veronica Janssens, c'est la planète terre qui est évoquée en ses aspects naturels et à travers la présence des hommes dont un gisant du XVIe siècle en cohabitation avec un dessin récent de Thierry De Cordier rappelle la condition, alors que les photographies d'Andres Serrano évoquent la souffrance. Que faisons-nous ici, que faisons-nous du monde, quelle trace laissons-nous, quelles émotions provoquons-nous, semblent nous confier les artistes de cet ensemble à la fois hétéroclite et parfaitement homogène en un fil rouge invisible, constitué de cette énergie par laquelle vibre, en cris et chuchotements, notre univers intime, intérieur, bien réel ou invisible.

En cette subtilité permanente, on passe d'une fleur de Mapplethorpe, au portrait africain d'un Seidou Keita, d'une torsade presque volatile de Fausto Melotti à cette projection éminemment prenante et traitant de l'enfance, due à Maria Marshall, d'un Patrick Corillon magique et si proche de l'humain, aux peintures et sculptures d'un Michel Frère, tout particulièrement mis à l'honneur en cette présentation. Tout le merveilleux est aux mains de James Lee Byars et les petites choses de la vie dans un climat de temps suspendu, dans celles notamment de David Claerbout, tandis qu'un Balthasar Burkhard en ses impressionnantes photographies aériennes, regarde l'organisation du monde alors qu'à côté, il détaille le corps humain. Et la magie artistique opère au plus haut niveau dans l'ensemble d'oeuvres de Bram Van Velde, peintures admirables et lithographies plus apaisées.

Climat d'intimité

En cette exposition se retrouvent la plupart des artistes avec qui Laurent Busine a souvent travaillé, ce qui, sans nul doute, favorise l'émergence d'un climat de réelle intimité avec les oeuvres choisies aussi pour leurs qualités sensibles.

Cet ensemble est constitué de quelques oeuvres de la collection, de commandes circonstanciées et notamment à Michel François, d'autres de la collection de la Communauté française, et principalement de prêts temporaires. C'est ainsi que Laurent Busine entend fonctionner, en puisant dans le potentiel qu'il constitue, la collection du Mac's ou mis à sa disposition, mais sans réaliser d'accrochage permanent des acquisitions. Cette option qui garantit un dynamisme, est encore une manière de conter l'histoire à travers l'art.

© La Libre Belgique 2002

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