Une semaine après avoir dû fermer précipitamment l’exposition prestigieuse sur l’héritage de Rogier van der Weyden à Bruxelles, seulement un mois après son ouverture, l’ampleur de l’accident apparaît clairement. Les travaux menés par Groep Monument pour poser une lourde bâche occultant le puits de lumière de l’ancien musée d’Art moderne ont entraîné d’abord de très forts bruits et vibrations pour fixer les longs crochets d’amarrage. Des vibrations vite arrêtées, mais les forages des gros trous d’ancrage ont continué, nécessitant de l’eau et laissant passer la pluie, jusqu’à créer des infiltrations et faire couler l’eau, goutte à goutte, en pleine salle d’exposition, juste à l’étage en dessous des travaux.

On estime, entend-on, le préjudice financier à plus d’un million d’euros, sans compter la perte d’image auprès des prêteurs et des musées internationaux, même si, heureusement, il n’y eut aucun dégât aux œuvres.

S’il y eut clairement une faute commise par le sous-traitant, pourtant spécialisé dans le travail dans les monuments historiques (une enquête le déterminera), il y eut aussi clairement une erreur de vouloir placer cette bâche juste au-dessus d’une exposition aussi délicate, rarissime, ayant demandé quatre ans de travaux avec des panneaux de bois très fragiles venus des quatre coins du monde. Surtout que cette bâche ne doit servir qu’à occulter le puits pour projeter des films vus depuis le futur Musée Fin-de-siècle. On aurait dû attendre.

En interne, tout le monde se tait, mais la catastrophe est bien ressentie et "off the record", tout le monde est sous le choc. Les deux commissaires avaient consacré de longues années pour cette exposition qui ne reviendra pas avant des décennies.

Un lourd silence

Une fois de plus, on est frappé par le silence des politiques qui ont la tutelle sur ces musées. Officiellement, le secrétaire d’Etat, Philippe Courard (PS), va chercher un accord à l’amiable pour le préjudice. Mais le peu de réactions officielles n’est-il pas un nouveau signe de l’oubli dans lequel se trouvent nos musées ? Les budgets sont rabotés, les investissements de la Régie vont d’abord vers les prisons. Quand Michel Draguet, le directeur du Musée des Beaux-Arts, décidait, il y a trois ans, unilatéralement, de fermer le musée d’Art moderne, suscitant un tollé dans une partie du monde artistique, personne n’a réagi au gouvernement. Quand il propose, aujourd’hui, une solution alternative en déplaçant le musée d’Art moderne aux ex-magsins Vanderboght, une solution qui n’est pas idéale (pourquoi pas commencer par assainir les extensions du musée ?) mais qui a le mérite d’exister, le dossier reste coincé à la Régie des bâtiments et au gouvernement.

Michel Draguet est un professeur d’université, brillant et parfois visionnaire, mais dans la gestion des musées (il gère aussi ad interim depuis 3 ans le Cinquantenaire) il y a eu aussi des failles (l’accident d’humidité dans les réserves où se trouvaient 842 peintures, des expositions annoncées et annulées in extremis, des conflits humains avec une partie du personnel). A sa décharge, il faut dire qu’il s’est aussi heurté parfois au conservatisme des structures, face, à nouveau, au silence des autorités qui le laissent bien seul chercher des solutions et des sponsors privés.

Quand on a communautarisé la culture, on a laissé les grandes institutions au fédéral et très peu de ministres au gouvernement s’en soucient encore, malgré l’immense trésor qu’elles représentent et leur place irremplaçable dans l’image de Bruxelles, capitale de l’Europe.

L’accident à l’expo van der Weyden devrait amener le politique à mieux s’intéresser à ce qui se passe dans les musées. Entretemps, l’ouverture jeudi prochain du Musée Fin-de- siècle, qu’on promet beau et réussi, sera en partie obscurcie par ce coup porté au prestige du musée.