Lorsqu’ils arrivèrent en Belgique, en 1946, les Italiens croyaient trouver la terre promise. Les charbonnages qui les attendaient avaient pour nom Hasard, Fortune et Bonne Espérance… Un titre tout trouvé pour la création, en 1996, du spectacle du Théâtre de la Renaissance nourri des témoignages de Salvatore Abissi, Luigi De Fina, Benito Cuccu et Italo Palmieri. Ils ne sont plus là aujourd’hui, ou plus en état de jouer, mais le devoir de mémoire demeure. Car la guerre et la misère continuent à entraîner des peuples sur le chemin de l’exil. Une des raisons pour lesquelles Martine De Michele a voulu monter "Les Fils de hasard, Espérance et Bonne Fortune" avec En Cie du Sud. Un spectacle choral, enlevé, émouvant, joyeux parfois malgré ses notes de gravité. Toute l’atmosphère de l’Italie, l’ambiance de Vénétie s’invite sur les planches, baladant le spectateur entre émerveillement et effroi. Au gré des souvenirs, des banquets, des mariages et des espoirs d’hommes parfois rejoints par leurs femmes et enfants.

Travellings

Porté par de nombreux travellings dans une scénographie bifrontale très cinématographique, presque à la Lelouch, le spectateur suit le parcours de ces jeunes gens qui quittaient leur pays, leur famille, leurs amis à coups de "Tornero, tornero". "Je reviendrai".

Ils ne revinrent jamais. Malgré le dur labeur, leurs logements dans des baraquements de tôles, qui avaient servi aux nazis pendant la guerre 40-45. Malgré, aussi, leur peur et les pleurs au fond de la mine quand il fallait descendre 1037 mètres plus bas dans des tailles de 35 centimètres et travailler en caleçon tant la chaleur était insupportable. Ils restaient. Parce qu’au pays, ils ne pouvaient plus survivre avec mille lires - 40 cents - par jour, juste de quoi se payer un pain et quelques macaronis. A l’instar du surnom qu’on leur donnait ici. Puis, ils s’intégrèrent. Au point d’être cités "en exemple" face à la nouvelle vague d’immigration. Mais il a parfois fallu des années pour qu’ils racontent, comme au théâtre, ce qu’ils avaient réellement vécu.

© D.R.

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Interprété par une distribution impressionnante de vingt et un comédiens professionnels et amateurs, tous liés à l’histoire des mineurs, "Les Fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune" porte une réelle charge émotionnelle. Une voie ferrée centrale, allusion à celles sur lesquelles partaient les wagonnets de charbon, traverse la scène de part en part. Les débuts sont légers, souvent chantés, racontant dans un savoureux mélange d’italien et de français, l’arrivée en Belgique, l’amitié, la solidarité. Qu’ils s’appellent Luigi, Mario ou Benito, tous y croyaient. Mais ils ont bien dû faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Cela, ils nous le racontent aussi. Avec talent et conviction. Jusqu’à l’explosion finale, de sinistre mémoire.

Jusqu’au 26 novembre à 20h15 (relâche les 14, 15, 21 et 22) au Manège Fonck/Festival de Liège. Infos 32 493 72 95 08 ou www.lesfilsdehasard.com