L'engouement actuel pour le marché de l'art contemporain en fait un sujet très tendance qui masque néanmoins une grande part de la réalité. L'attention est en effet portée des magazines people aux publications spécialisées toutes ou presque impliquées dans les réseaux marchands, sur les figures les plus médiatiques de la production actuelle dans le domaine des arts visuels. Les mêmes noms se retrouvent régulièrement aux devants des Unes, en devanture de centres d'art et de musées parmi les plus réputés, en vitrines de galeries dont les présences en grandes foires et les antennes en diverses positions stratégiques leur offrent une aura considérable. On pourra donner comme exemple le célèbre galeriste Larry Gagosian qui a débuté en 1980 à Los Angeles pour émigrer quelques années plus tard à New York, où il compte deux galeries à Chelsea et une sur Madison, mais aussi une à Londres et depuis peu une à Rome, dans un bâtiment prestigieux de la via Francesco Crispi. Parmi les artistes belges les plus réputés et quelque peu starisés, on pointera Francis Alÿs, Carsten Höller, tous deux peu présents sur la scène belge au contraire des Jan Fabre, Wim Delvoye, Luc Tuymans, Michel François ou Ann-Veronica Janssen, principalement.

Réseau de galeries

Quelque peu en retrait de ce phénomène quasi mondial, tout autant si pas plus sociologique et économique qu'artistique, de très nombreux artistes et galeristes poursuivent un travail essentiel dont la visibilité est bien plus discrète et dont les fruits mettent souvent plus longtemps à mûrir. Les difficultés de ce réseau, pourtant très étendu et dynamique, peuvent s'apprécier selon deux critères particulièrement bien perceptibles à Bruxelles. D'une part, l'apparition et la fermeture des galeries d'art, de l'autre la fluctuation des programmations et la difficulté qu'éprouvent certains artistes à montrer correctement leur travail en galerie sérieuse. La galerie d'art elle-même a souvent tenté de modifier son mode de gestion, signe des temps autant que des difficultés à se maintenir à flot dès lors que l'on ne se situe pas dans les autoroutes artistiques prioritaires. Malgré cette situation, la galerie reste le meilleur lieu de diffusion des oeuvres, car s'y exerce un travail de défrichage, de révélation, de permanence et de rayonnement.

Brussels Flamingo

A Bruxelles, comme dans les grandes villes, un noyau de galeries reste stable et fiable, mais constamment de nouvelles vitrines apparaissent alors que d'autres s'effacent. On a déjà eu l'occasion de parler des jeunes galeries intéressantes comme Didier Devillez, qui prône essentiellement l'abstraction, Desimpel, Jozsa ou Good Friday, impliquées dans les expressions jeunes et actuelles ou même Gabriel Brachot, qui associe le contemporain classique et quelques voix émergentes, de think.21 dont l'option est clairement le langage artistique des nouveaux médias. Une dynamique à suivre assurément.

Il en est d'autres et notamment à deux pas du noyau du Kanal, une nouvelle venue qui tente l'aventure bruxelloise : Brussels Flamingo Contemporary Art and New Media. Le lieu est modeste bien que spacieux, et l'option est de multiplier les expositions conjointes avec des artistes principalement étrangers, les contacts avec l'Allemagne étant naturellement privilégiés par la directrice du lieu, Natascha Mehlhop.

En ce moment quatre plasticiens, inconnus en Belgique et pour qui il s'agit d'une première bruxelloise, occupent les espaces segmentés. Elève de Jörg Immendorff à Düsseldorf, la peintre chinoise He Jia mixte deux traditions picturales, la chinoise repérable dans la fluidité des matières comme dans les motifs, et l'occidentale. Une hybridation qui n'est pas sans affinités avec la nouvelle école allemande. Pour sa part, Li Zhe (Pékin 1976) propose une installation multimédia et interactive permettant au visiteur d'influencer, par le monde des graphismes virtuels, le cours des vagues aquatiques ou la pluviométrie. Un environnement formel bien maîtrisé.

Beaucoup plus intéressantes sont les réalisations filmées d'Ulu Braun (Allemagne, 1976), qui mêle animation et réalité dans des fictions assez baroques, pleines de couleurs où le suspens émerge autant de l'étrangeté des situations que de la narration elle-même. La notion de collage et d'entrelacs fait partie de ces productions cinématographiques qui échappent aux catégories et dont on peut tirer des images statiques tenant de l'univers du conte. Enfin, et à l'opposé de tout cela, le remarquable travail de microphotographie de Claudia Fährenkemper (Allemagne 1959). Ses clichés noir et blanc du plancton attestent des accointances avec la science, mais ceux sur le cristal dérivent des mondes connus pour offrir des visions bien énigmatiques flirtant avec l'abstraction dans des luminosités interpellantes.

Claudia Fährenkemper, microphotographies; Ulu Braun, "Rhabarber Boy" : jusqu'au 12 janvier - catalogue; He Jia, peintures, Zhe Li, installation : jusqu'au 1er février. Brussels Flamingo, rue du Houblon, 40, Bruxelles. Du me au ve de 14 à 19h, sa de 12 à 18h. Web www.brussels-flamingo.com