à Rome

La Fondation Roma, sise Via del Corso, en plein centre actif de la capitale italienne, signe le premier hommage rendu par l’Italie des arts au peintre américain Edward Hopper (1882-1967), représenté par un ensemble convaincant de peintures, études et dessins, lesquels balisent astucieusement, par thèmes successifs, l’ensemble de son parcours créatif.

Si, en sa jeunesse studieuse, le peintre voyagea en Europe, en France principalement, c’est pourtant vierge d’influences qu’il entama, au retour à New York, une carrière dès l’abord infiniment, puis définitivement, personnelle.

Sobriété des compositions et des sujets, choix de chromatismes emplis d’ambiances, traitement en contre-plongée de scènes et d’espaces intrigants, Hopper fut un initiateur et le cinéma lui doit quelques audaces de cadrages. Ce parcours résolument en marge des tendances d’une époque rivée aux "ismes" en tous genres, ne lui facilita pas la voie du succès. On note qu’à l’exception d’une toile acquise à l’Armory Show de 1913, c’est à partir de 1923 seulement qu’il trouva d’autres amateurs. Longtemps illustrateur pour subvenir à ses besoins et on lui connaît de solides séries d’eaux-fortes commises entre 1920 et 1930, Hopper ne voyagea plus guère, sinon aux Etats-Unis, son œuvre le requérant sans partage. On connaît sa patte singulière mise au service d’atmosphères feutrées dans des lumières sourdes, bars et chambres d’hôtels, scènes théâtrales et paysages insolites, figures solitaires dans des espaces incertains. Si cette faconde singulière le rattache à une espèce de stylistique américaine, il la développa de manière ciblée et solide, sans atermoiements pour une quelconque facilité. D’abord prisé des Américains, Hopper devait naturellement séduire un public européen, sa particularité débouchant inévitablement sur une universalité, vu le climat de toiles où chacun, d’où qu’il fut, put reconnaître ses propres angoisses, attentes, solitudes.

Fidèle à lui-même tout au long de son périple pictural, Hopper est à prendre dans l’entièreté de son corpus, que rien ne date jamais. Œuvre intemporelle, d’une spatialité commune sans doute mais très typée, la peinture d’Edward Hopper ne cesse de surprendre et, partant, de réjouir, parce qu’elle est unique en l’espèce. A partir de 1933, les plus grands musées lui ouvrirent leurs portes et, trois-quarts de siècle plus tard, son aura demeure, inaltérable. Le Whitney Museum de New York peut se targuer de posséder une impressionnante majorité des œuvres de Hopper.

C’est d’ailleurs cette institution qui a assuré une grande part des prêts de l’expo romaine, ouverte sur une reconstitution en 3D du fameux tableau "Nighthawks" de 1942, conservé lui à Chicago. Des autoportraits avec, au chef, son célèbre chapeau, ses premières illustrations avec déjà, en 1902, solide et prenante, une "Figure solitaire dans un théâtre", des toiles commises en Europe et à Paris entre 1906 et 1910, dont "Le bistrot et le bar à vin" qui déjà lui ressemble bien, des portraits de Parisiens de la rue, ses gravures à l’eau-forte et, particulièrement, ses séries "Night Shadows "(1921) et "Train and Bathers" (1930), puis du dessin à la toile et voilà Hopper qui s’érige en grand

Sur les murs finement colorés, les meilleurs Hopper du parcours s’en viennent à nous, stupéfiants et sonores, les études accompagnant souvent les tableaux, belle valeur ajoutée. "Aube en Pennsylvanie" ou "Pennsylvania Coal Town" précèdent des notes érotiques sensibles, et, surtout, de remarquables morceaux, tels "Study for Evening Wind", " Second Story Sunlight" ou "South Carolina Morning".

Tout Hopper en raccourci saisissant.

Fondazione Roma Museo, Via del Corso 320, Rome. Jusqu’au 13 juin, tous les jours de 10 à 20h www.edwardhopper.it