Dans les premiers albums de Spirou et Fantasio et de Modeste et Pompon, on admirait des meubles modernistes typiques des années 50 avec leurs tables de formica rouge vif, leurs formes non académiques, leurs courbes et leurs structures apparentes tubulaires et métalliques. Ces meubles se retrouvent aujourd'hui dans la petite mais très instructive exposition que l'Atomium consacre au designer et architecte belge Willy Van Der Meeren (1923- 2002) à l'initiative de Diane Hennebert, l'ancienne directrice de l'Atomium. De plus, visiter l'expo est un excellent prétexte pour revoir l'Atomium qui s'inscrit dans cette ligne des années 50, futuriste et technologique.

La démarche de Willy Van Der Meeren est d'emblée exposée par cette phrase : "Je ne suis ni un artiste ni un designer, mais je suis un constructeur. Et c'est par cette action de construire que je suis malgré tout designer. S'il n'y avait pas la construction, je ne serais pas designer. Voilà pourqu oi je ne fais pas de choses inutiles."

Tirer le maximum

Willy Van Der Meeren a oeuvré toute sa vie pour donner un logement de qualité au plus grand nombre avec une détermination qui force encore l'admiration aujourd'hui. Il sortait de La Cambre, haut lieu de l'architecture et des arts appliqués, créée par Henry Van de Velde. Il avait reçu l'enseignement de Louis Herman De Koninck et de Victor Bourgeois. On vivait, d'autre part, dans une période de pénurie d'après-guerre où le luxe et le gaspillage étaient bannis. L'architecture et le design étaient alors conçus d'après des critères fonctionnels et selon une fonction sociale et non comme un exercice de style destiné à quelques privilégiés. A la même époque, Jean Prouvé et même Le Corbusier et Charlotte Perriand avaient la même ambition.

Il s'agit de "tirer le maximum d'un minimum de moyens". Mais Willy Van der Meeren réussit à transcender la rigidité des directives de l'école grâce à l'audace de son approche expérimentale.

Ses meubles "sociaux" sont restés célèbres et inscrits dans toutes les mémoires. Ils apparurent au début des années 50. Comme la petite table "boomerang", en haricot, avec table de formica, bord en caoutchouc, pied métallique. Une petite table à poser le long des fauteuils pour déposer un verre, une tasse de thé, un cendrier. Des tables aux couleurs franches de l'arc-en-ciel. Ou cette armoire de couture en tôle pliée et peinte avec des tiroirs coulissants en bois et sac de toile. Ou encore, ces supports de métal étiré, en forme de double "W", qui servaient autant pour supporter une étagère qu'un buffet ou un fauteuil. Ou encore ces fauteuils de bois moulé et armatures métalliques ou ces armoires de rangement avec leurs portes coulissantes et les poignées sous la forme de profilés de bois formant rebord.

A l'initiative de "Formes nouvelles", Willy Van Der Meeren montra ses meubles dans quelques maisons témoin des années 50, et, par exemple, dans le building de Renaat Braem sur le Kiel à Anvers. Cette expo attira 50000 visiteurs en 3 semaines ! La firme Tubax se chargea de produire les meubles de Van Der Meeren et de les populariser. Des meubles simples, modulables, épurés, modernes, colorés, avec une structure apparente. Un design fonctionnel, imaginé pour être facilement réalisé par l'industrie, avec une logique d'efficacité bien éloignée des soucis formalistes d'un certain design.

Les meubles de Van Der Meeren, présentés dans l'Atomium, datent tous des années précédant l'expo 58, mais ils s'inscrivent bien dans la logique de ces années qui furent aussi celles du Spoutnik. Le style et l'esprit Tubax et Van Der Meeren continuèrent plus tard chez Meurop.

Les maisons CECA

Willy Van Der Meeren n'était pas que designer. Il était aussi architecte et il appliqua les mêmes règles sociales à ce métier-là. Sa réalisation la plus célèbre fut, en 1954, "la maison CECA" qu'il conçut avec Léon Palm à la demande du ministre du Travail de l'époque, Edmond Leburton. Il s'agissait de fournir une vraie maison à prix très réduit aux mineurs du Borinage. La maison CECA ne coûtait pas plus de 125000 F à l'époque, ou 250000 F terrain compris. Elle était d'un cube de 7 m de côté, avec des pièces inondées de lumière, un escalier futuriste et des meubles de Van Der Meeren. Elle devait répondre à la grande pénurie de logements sociaux à cette époque.

Les prototypes furent créés et présentés aux foires internationales de Liège et de Charleroi avec un grand succès : 4500 amateurs s'inscrivirent. Mais la société nationale du logement refusa d'accorder son autorisation pour produire cette habitation "minimale" en grande série. Il n'y eut finalement que 8 maisons CECA dont une fut occupée par la famille de Willy Van Der Meeren à Tervuren.

Il eut plus de succès à Evere où le bourgmestre socialiste Franz Guillaume lui commanda un ensemble de 105 appartements pour la société de logements "Ieder zijn huis", des appartements qui restent des références. Il construisit aussi un étonnant atelier tente qu'il posa à Steerebeek à la fin des années 60.

Willy Van Der Meeren travailla longtemps pour la VUB, aménagea des maisons d'étudiants et fournit le mobilier de l'immeuble "caprice des dieux" de Renaat Braem. Il termina sa vie sur l'île grecque de Leros où, d'emblée, il proposa de montrer le design des artisans locaux.

Un beau parcours à revivre à l'Atomium.

"Willy Van Der Meeren, furniture design" à l'Atomium, jusqu'au 30 mars 2008, ouvert tous les jours jusqu'à 18h. Un livre monographique est édité à cette occasion.