Si l’incendie survenu lundi en fin d’après-midi sur les toits de Bozar a pu être éteint dans la soirée, les milliers de litres d’eau nécessaires aux pompiers, suivis par les pluies de la nuit, ont causé des dégâts bien plus importants que l'incendie lui-même. Ces dégâts se concentrent dans une moitié du bâtiment d’Horta, celle donnant vers la Place royale et le futur musée du Chat. Le côté vers la banque BNP en construction a été épargné, de même que les deux restaurants qui jouxtent Bozar.

Mardi après-midi, les responsables concernés sont venus constater les dégâts avec la direction de Bozar (Etienne Davignon, Paul Dujardin, Albert Wastiaux): le secrétaire d’Etat Mathieu Michel, responsable de la Régie des Bâtiments, Pascal Smet, secrétaire d’Etat bruxellois en charge du patrimoine, Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, etc.

Bozar est couvert par une assurance qui devrait rembourser les coûts, Mathieu Michel ajoutant que l’Etat pourrait débloquer rapidement des crédits pour les travaux les plus urgents.

La première tâche était encore mardi de recouvrir le toit pour empêcher de nouvelles infiltrations de pluie. Un travail est en cours d’autre part pour vérifier la stabilité du bâtiment.

Lundi prochain, après un C.A. spécial ce vendredi, on devrait savoir plus exactement dans quelles conditions Bozar pourra rouvrir partiellement. L’idée est de scinder le bâtiment en deux pour séparer la partie endommagée de celle qui peut rouvrir vite (avec le circuit d’expo de Hôtel

Beethoven et Facing Van Eyck, la salle de musique de chambre, etc.). A condition que puissent être rétablis l’eau, l’électricité, le chauffage et que les prêteurs d’oeuvres marquent leur accord.

On ne connaissait toujours pas mardi l’origine exacte du sinistre survenu dans un poste technique sur le toit.


4000 tuyaux

Le plus triste symbole de cette catastrophe est le grand orgue de la salle Henry Le Boeuf. L’eau qui a servi à protéger des flammes la grande verrière a coulé dans le plafond de la salle et suivi sa déclivité pour aboutir dans l’orgue.

Cet orgue, comme le dit Paul Dujardin, n’est pas qu’un merveilleux instrument mais était devenu depuis sa remise en ordre en 2017, le coeur de Bozar, utilisé par de nombreux musiciens y compris de musique contemporaine.

Les dégâts sont lourds: les 4000 tuyaux ont été remplis d’eau qu’il faut vider avant de vérifier leur état. Les soufflets et les autres pièces en cuir ont été imbibés d’eau et ont perdu de leur souplesse, le bois omniprésent a joué, l’électronique très sophistiquée a également été touchée.

Jérôme Giersé le responsable de Bozar music et organiste lui-même, était immédiatement sur les lieux.

En apprenant, la nouvelle de nombreux musiciens comme Bernard Foccroulle et Benoît Mernier ont fait état de leur sidération. Car cette orgue unique en Belgique a une longue histoire.

Imaginé par Horta en 1931, il fut déjà touché par un incendie en 1967. Il fallut alors 50 ans (!) pour le sauver. Bernard Foccroulle entre autres, avec l’apport de mécènes et donateurs, a mis au point un orgue de salle de concert, unique, moderne avec une touche souple permettant des sons continus, avec une « machinerie » hypersophistiquée. A réparer maintenant !

Pour le reste, dans la salle Henry Le Boeuf, les couloirs alentours, dans l’autre circuit d’exposition (où était l’expo Danser Brut), il faudra assécher, pomper l’eau sous les planchers, refaire parfois les murs et les plafonds. Il est encore bien trop tôt pour avoir un bilan complet