Arts et Expos

Le métissage culturel, dont on parle tant aujourd'hui, a existé de tout temps. Et, de façon accentuée parfois, sous la pression de découvertes plus massives.

En 1854 était signé le Traité de Kanagawa; et le Japon, rigoureusement enclos en ses frontières deux siècles durant, s'offrait d'un seul coup au monde, et plus particulièrement à l'Europe. Les expositions universelles de 1862 à Londres et de 1867 à Paris serviront de détonateur. La découverte des faits et gestes et trésors de l'Extrême-Orient et, notamment, des fameuses estampes japonaises, les Ukiyo-e ou "Peintures du monde flottant", va à ce point bouleverser l'entendement commun que de grands artistes, Monet et Van Gogh par exemple, collecteront avec assiduité ces vues de papier et s'en serviront à l'occasion dans leurs propres oeuvres.

Gravées sur bois, "images" bon marché puisque reproduites, elles témoignaient du quotidien nippon de manière simple et réjouissante, n'occultant surtout pas une veine érotique et licencieuse, qui, tombée à point nommé en une fin de siècle de toutes les audaces, les rendit aussi extrêmement attirantes pour d'autres raisons que la simple beauté d'un paysage !

La Belgique souscrivit à la mode et, celle-ci offrant aux créateurs de nouvelles perspectives esthétiques, nos peintres se laissèrent séduire à leur tour. Si fortement même, qu'à l'occasion d'une exposition bruxelloise d'estampes japonaises de 1889, la critique ira jusqu'à accuser les nôtres de plagiat.

En 1887, Alexandre Dumas fils s'était écrié : "De nos jours, tout est japonais !" Il ne croyait pas si bien dire, l'influence du pays du soleil levant irradiera nos arts d'un souffle caractéristique : cadrages d'un nouveau genre, thèmes végétaux et animaliers omniprésents, plaisir chromatique.

Thématique inédite

"Le japonisme en Belgique 1889-1915" vient à son heure, qui nous rafraîchit la mémoire et autorise des rapprochements entre l'art belge de la fin du XIXe et des estampes japonaises qui ont vu le jour trois-quarts de siècle plus tôt.

Disons-le : la collection d'estampes en provenance du Musée national de Cracovie est exceptionnelle de fraîcheur et de qualité. Signées des noms les plus armoriés de la confrérie, d'Utamaro à Hokusai, d'Hiroshige à Kiyonaga ou Harunobu, elles révèlent des inventions d'écriture qui nous subjuguent toujours : basculement de vagues, grâces d'attitudes, réalisme poétique, gros plans inusités.

Quant aux couleurs, vives ou retenues, elles sont synonymes d'exactitude et d'un énorme savoir-faire.

Peu connu, l'ensemble a été réuni par le collectionneur polonais Feliks Jasienski. Certes les Musées Royaux du Cinquantenaire possèdent-ils d'excellents feuillets d'Ukiyo-e. Mais l'offre l'Hôtel de Ville de Bruxelles adjoint au prêt polonais la valeur d'une rencontre inédite. La face-à-face d'Ukioy-e avec des Ensor, Wouters, Rassenfosse, Rops, Lemmen, Van Rysselberghe et autres sous influence caractérisée. Un concept bien mis en place par Catherine de Croës, Pascale Salesse, et l'équipe culturelle de la Ville. On peut y voir, émouvants, le poème, "Eventail japonais", de Max Elskamp, ou le livre "Images japonaises" d'Emile Verhaeren. Ou curiosités parmi bien d'autres encore : des dessins au crayon conté et une "Nature morte aux chinoiseries" d'un Ensor qui, d'évidence, s'emmêlait les pinceaux en fait d'attributions appropriées !

Hôtel de Ville, Grand-Place, Bruxelles. Jusqu'au 28 septembre, du mardi au dimanche (sauf fériés) de 11 à 18 h. Remarquable catalogue en couleurs. Infos : 02.279.64.35 et Web www.brupass.be