Arts et Expos

Théo Mercier vient réveiller nos peurs d’enfant et allumer nos désirs, au musée de la Chasse et de la Nature.

Le musée de la Chasse et de la Nature à Paris est un lieu merveilleux, comme un grand cabinet de curiositéséchappant au temps. On y découvre mille et un recoins, remplis d’oeuvres qui emportent l’imagination et la poésie. Il a pris la bonne habitude d’inviter aussi, régulièrement, des artistes contemporains et on se souvient comment Sophie Calle enchanta l’endroit.

Théo Mercier, né à Paris en 1984, qui fut l’assistant de Matthew Barney et qui vit aujourd’hui entre Paris et Mexico, s’y plonge tout autant avec une rare puissance et une belle réussite.

Il ajoute du rêve au rêve, du mystère au mystère, de la fausse nature à la vraie. Il se fait archéologue du futur qui détourne les objets de notre quotidien pour procéder à des rapprochements insolites.

Dans la salle des expos temporaires, il a construit comme un cabinet d’apothicaire aseptisé, à découvrir patins aux pieds : constructions imaginaires, collections de pierres d’aquarium, échafaudages imprévus de cailloux, mains sortant d’un coquillage, pneus de cages à singes… Des sculptures iconoclastes, cacophonie ordonnée pour un monde futur où la distance entre la nature et la culture sera abolie avec la mort de la nature. On est dans une cage, et l’animal, c'est nous.

© Vues de l'expsition de Théo Mercier au musée de la Chasse et de la Nature de Paris - Erwan Fichou

Kamasutra de squelettes

Le résultat le plus jouissif est dans les salles permanentes. Il a placé à l’entrée, un cheval grandeur nature, en écorché, viande sanguinolente échappée de l’abattoir.

Il exprime la fragilité du monde et la catastrophe à venir avec ses chaises patriciennes dont les pieds sont posés en équilibre sur des oeufs ou cette collections d’oeufs en pierre menacée par un énorme rocher (en polystyrène), ou encore cette tour brancusienne de pierres posée sur des centaines d’oeufs.

Il annonce déjà l’après humanité, avec son cabinet de curiosités où des dizaines de jouets en forme de squelettes humains prennent les poses du Kamasutra. A côté du Puppy de Jeff Koons il a déposé dans un cadre, un ensemble d’os en plastique pour chiens comme des trouvailles archéologiques. Il brasse aussi l’histoire humaine en entassant dans un aquarium des masques africains jetés en vrac.

Théo Mercier accumule des centaines d’objets trouvés sur les marchés ou dans les animaleries pour en faire un monde rigolo et inquiétant, dans une esthétique du collage pour mieux « raviver nos peurs d'enfant et allumer nos désirs ». Il joue sur la mécanique de l'effondrement imminent qui nous attend.

© Vues de l'expsition de Théo Mercier au musée de la Chasse et de la Nature de Paris - Erwan Fichou

Il n’agit pas seulement en sculpteur post-dada brisant les codes habituels, mais il est aussi metteur en scène, parvenant à créer des ambiances.

Il travaille d’ailleurs de plus en plus, comme metteur en scène, avec le chorégraphe François Chaignaud ou avec le danseur Steven Michel, formé à l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker et collaborateur du Belge Jan Martens, autour du montage d’un meuble Ikea et du « beau pour tous » !

Théo Mercier au musée de la Chasse et de la Nature, "Every stone should cry », Paris, jusqu’au 30 juin www.chassenature.org