ENVOYÉ SPÉCIAL À BERG EN DAL

Situé dans le Limbourg hollandais, tout à côté de la ville de Nijmegen, à moins de 200 bornes de Bruxelles, l'Afrika Museum de Berg en Dal compte parmi les meilleures institutions bataves consacrées aux arts africains. Paru il y a deux ans, un double gros catalogue, «Vormen van Verwondering» (éditions néerlandaise et anglaise sous emboîtage, 100 euros) des collections muséales a, bien évidemment, aiguisé l'attention sur un patrimoine riche et varié qui s'est aussi, depuis peu, ouvert à la création contemporaine d'un continent dont on attend qu'il revivifie une expression artistique mondiale trop souvent en panne d'idées et de sensations. Des maquettes du Kinois Kingelez, des toiles des Congolais Cheri Samba et Moke, d'Iba Ndiaye font déjà partie d'un fonds plus actuel, qui demeure néanmoins à tendance populaire, mais que de nouvelles initiatives devraient, on l'espère, développer vers une expression plus dense, révélatrice des dures réalités du continent noir.

La contrariété des pierres Shona oubliée, l'esprit rasséréné par ce que l'on sait nous attendre à l'intérieur, la visite des lieux peut démarrer. Vu l'exiguïté relative des espaces actuels - d'où la rénovation et l'élargissement engagés qui leur vaudront de doubler la superficie des aires d'exposition et de commodités, salles de réunion et d'information, auditorium, etc. - une infime partie de la collection est offerte à nos convoitises. Ces pièces-là suffisent heureusement à faire de notre visite un beau moment de rencontres et de découvertes au coeur de l'Afrique animiste.

Un brin d'histoire

Quand le premier musée de Berg en Dal vit le jour en 1954, il rassemblait des objets récoltés par des missionnaires présents, depuis plus de cent ans, dans une cinquantaine de pays africains. La noblesse de ces témoignages de croyances et de ferveurs quotidiennes avait incité les bons pères à ne pas brûler les effigies et objets d'usage courant mais à les préserver comme témoignages.

Plus tard, la collection se développa via des achats, des dons ou des collectes sur le terrain par les conservateurs successifs. S'étant entre-temps trouvé un lieu mieux approprié, le musée avait déménagé à la lisière de la cité, dans la forêt. L'idée d'y créer un village africain prit son essor avec ce déménagement et l'achat auprès des instances de l'Expo 58 à Bruxelles d'une hutte congolaise, d'un grand tam-tam et de deux pirogues. D'autres agrandissements suivirent, les derniers en date nous profilant un musée résolument nouveau pour l'automne 2005. Depuis 1956, l'Afrika Museum est géré par une Fondation et depuis 1987, le ministère de la Culture des Pays-Bas en a pris la responsabilité financière, le ministère de l'Economie assurant, pour une bonne part, la viabilité du parc et du village africain, où l'on découvre, par exemple, une habitation familiale des Kusasi du Ghana, deux habitations sur pilotis du village lacustre de Ganvié au Bénin, un village Dogon. Sympathique assurément sur un plan didactique, mais frustrant sur le plan de l'architecture proprement dite, les matériaux utilisés, le béton peint n'ayant rien à voir avec les constructions en pisé ou en boue séchée au soleil ! L'Afrika Museum accueille 70000 visiteurs par an.

Pièces à conviction

Le musée ne pouvant exhiber un patrimoine qui s'est enrichi au fil du temps au point, dit-on, de constituer un ensemble digne des meilleures institutions mondiales, son accrochage actuel diversifie utilement les pôles d'intérêt. D'entrée de jeu, nous voici confrontés à la raison d'être des arts traditionnels, leur implication directe dans le quotidien religieux des peuples. A cet égard, l'offre est bien ventilée entre un grand nombre d'ethnies de l'ouest, du centre et de l'est du continent. S'y détachent, pièces majeures d'un actif qui nous rappelle ainsi combien la notion d'art n'est qu'une cerise sur le gâteau de toute création votive, le souci d'obtenir les faveurs divines requérant du sculpteur un savoir et un talent forcément inspirés : une maternité Bangwa du Cameroun, emblématique d'un souhait primordial de «fertilité», émerge par sa sérénité, par une expression moins outrancière qu'à l'ordinaire en pays Bangwa.

Etonnants aussi ce couple d'autel des Yorouba, une statue protectrice Fang du Gabon couverte d'huile suintante, et, bien évidemment, un grand fétiche à clous Vili-Yombe du Congo, implacable et déterminé. A leurs côtés, masques de fertilité et d'initiation, figures anthropomorphes, plateaux de divination diversifient les entendements, alors que de petites vitrines didactiques nous expliquent notamment le travail de l'artisan qui sculpte des objets selon la méthode de la cire perdue.

Masques,poupées,fétiches...

Chaque espace disponible étant occupé, l'oeil s'y approprie ce qui l'interpelle davantage. Voici des masques Ibibio et Wé de la meilleure veine, un fétiche Songye «redoutable», des poupées Fali chères aux jeunes femmes. A l'étage, trésors incontestés, une maternité Urhobo ravinée et majestueuse, un cavalier Yorouba aux pattes mobiles et qui servait peut-être aux enterrements, un seigneur Urhobo impassible, des céramiques d'autel Ouatchi du Togo.

Le reste de l'espace est entièrement dévolu à un riche éventail des collections Yorouba du musée : jumeaux Ibéji vêtus de manteaux de cauris, bracelets et amulettes de bronze, masque-tambour et masques Gelede surmontés de scènes animées, fers noirs pour les oracles, coiffes perlées de chefs, bâtons de Shango, textiles.

Afrika Museum, Postweg 6, Berg en Dal (31.24.684.12.11 et Webhttp://www.afrikamuseum.nl). Jusqu'au 31 octobre, du lun au ven, de 10 à 17h; week-ends de 11 à 17h.

© La Libre Belgique 2004