L'art à facettes d'Henri Heerbrant

ROGER PIERRE TURINE Publié le - Mis à jour le

Arts & Expos

Il y a de ces coups de coeur que la galeriste, l'enthousiaste Jeannine Lenaerts, répercute avec une volubilité convaincante. Depuis dix ans qu'elle épingle régulièrement les diverses facettes de l'art d'Henri Heerbrant (1912-1982), il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas percer les secrets capiteux d'une oeuvre qui, loin de tout cénacle, s'est fabriquée seule et sans filet. Heerbrant n'était certes pas un homme facile! Si votre tronche ne lui revenait pas, fussiez-vous son supérieur, il vous refaçonnait une bobine à faire fuir les moineaux. Et si d'aventure le milieu artistique optait tout à coup pour d'autres valeurs- étalons que les siennes, pas question pour lui de s'aligner dans le troupeau. Réfractaire et individualiste farouche, il n'en était pas moins un défenseur passionné des petits contre les grands.

C'est dès lors dans un climat à la fois d'opprobre et de refus qu'il s'érigea, lentement mais sûrement, en plasticien ouvert à toutes les démarches, pourvu qu'il pût s'y complaire en toute liberté.

Caricaturiste aussi bien que puriste de la ligne, inventeur baroque autant que généreux pamphlétaire, Heerbrant fut tour à tour réaliste et abstrait, surréaliste et matiériste. L'exposition explicite assez bien les divers pôles d'une oeuvre qui, pour variée, n'en est pas moins lucide et attractive sous tous ses angles.

D'étonnants monotypes réalisés selon une cuisine très particulière et probante, de savoureux dessins que n'aurait pas reniés un Grosz, des épures colorées riches en déclinaisons, des morceaux de poésie visuelle d'une étrange alchimie: c'est un peu tout cela que réverbère une oeuvre qui doit encore être découverte jusqu'en ses replis les plus savants.

Gageons que cette belle exposition y servira!

© La Libre Belgique 2002

ROGER PIERRE TURINE

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