Lieu de culte ou de méditation, témoin de notre histoire, élément patrimonial, point de repère dans le paysage, l'église est omniprésente dans notre environnement. Un peti pays comme la Belgique compte quelque 4 000 églises paroissiales catholiques, outre plusieurs centaines d'églises d'abbayes, monastères, couvents, collèges; auxquels s'ajoutent les nombreux édifices religieux des autres cultes. Un patrimoine énorme mais fantomatique, la majorité de ces bâtiments étant fermés au public la plupart du temps, par crainte du vol notamment.

Comme son nom l'indique, la "Fondation églises ouvertes" qui vient de se créer en Belgique vise précisément à rendre accessible et mettre en valeur ce patrimoine religieux, ces îlots de tranquilité. A "rencontrer le désir de beaucoup, quelles que soient leurs convictions, d'entrer dans les églises pour des motifs d'ordre spirituel, culturel ou par simple curiosité". L'exemple vient des contrées voisines, entre autres la Grande-Bretagne et la France, et des pays nordiques (Finlande, Suède, Estonie...). Les réseaux d'églises ouvertes répondent manifestement à une demande : en Angleterre, en 2005, les 11 000 édifices concernés (sur 16 000) ont reçu 35 millions de visiteurs.

Le réseau belge présenté jeudi a été créé à l'initiative d'un habitant de Jodoigne, Marc Huynen, qui s'est entouré d'un groupe de citoyens d'horizons différents. Il est soutenu par divers pouvoirs publics. Il démarre avec 111 édifices, mais est amené à croître rapidement. Les "églises ouvertes" sont présentées dans une brochure et détaillées sur un site Internet bien illustré(1), notamment grâce à la photothèque de l'Irpa. L'Institut royal du patrimoine artistique dispose, fait rare dans le monde, d'un inventaire quasi complet du patrimoine religieux (mobilier et immobilier) du pays. Pour la petite histoire, "en découvrant cet inventaire, certains responsables d'église découvrent que l'édifice abrite un patrimoine artistique important... qu'ils retrouvent parfois dans la cave !" raconte Marc Huynen. Le site renvoie aussi aux réseaux "frères", aux concerts d'orgue et de carillon...

Une charte à respecter

Tout édifice religieux, de quelque confession que ce soit, classé ou non, et même présentant ou non un intérêt patrimonial, peut être labellisé "église ouverte". Pour ce faire, le responsable de l'édifice, qui s'entoure alors de bénévoles, doit adhérer à une charte en cinq points. Soit 1° l'ouvrir, gratuitement, au minimum 8 semaines consécutives entre le 1er juin et le 30 septembre, trois jours/semaine, 4 h/jour; 2° proposer des éléments d'information (dépliant, visite guidée ou autre); 3° créer une atmosphère accueillante (fond musical, fleurs...); 4° former les éventuels accueillants; 5° garder à jour un inventaire complet des biens de valeur présents dans l'édifice, et les sécuriser. En échange, et moyennant une contribution de 300 €, l'édifice figure dans la brochure et le site, est marqué d'une plaque blanche (carré sur pointe) "églises ouvertes", et dispose de livres d'or destinés à recueillir les commentaires et... dessins des visiteurs.

S'il n'y a pas toujours grand-chose à voir dans un édifice "ouvert", admet Marc Huynen, "l'intérêt peut venir de l'accueil qu'on y organise : plusieurs églises d'une même région peuvent se regrouper pour créer un circuit thématique...".

(1) Brochure quadrilingue "Eglises ouvertes et accueillantes" tirée à 40 000 exemplaires et vendue au prix de 2 €. Web www.eglisesouvertes.be.

© La Libre Belgique 2007