En 2009, Jan Fabre avait reçu la commande d’une installation pérenne à créer au sommet de l’escalier royal. Un escalier qui, jadis, était réservé au seuls roi et reine en visite au musée mais qui aujourd’hui, est ouvert à tous. Jan Fabre qui a déjà créé son si beau plafond de scarabées verts au Palais Royal a installé quatre grandes photos Cibachromes reprenant des leitmotivs de son œuvre : un regard de femme qui fixe le visiteur, et sur les côtés, le regard d’un scarabée, celui d’un papillon et celui d’un hibou.

Appelé "Le regard en dedans", cette œuvre ponctue une magnifique série de Jan Fabre, "L’heure bleue". Au début de son oeuvre, Fabre avait beaucoup dessiné au bic et avait même recouvert tout un château au bic. Le bleu bic était sa signature.

Il a retrouvé ce "bleu" avec "L’heure bleue", c’est-à-dire le moment où les insectes se réveillent, où la nature bouge, où une étrange alchimie s’opère. Fabre est l’homme des métamorphoses, du rapport entre l’homme et l’animal.

Ces quatre très grands Cibachromes ont été recouverts à la main avec du bleu bic et s’inscrivent dans la lignée de ces œuvres sur L’heure bleue qui donnèrent lieu à une magnifique expo à Vienne.

Quatre ans furent néessaires pour arriver au résultat, car il fallut convaincre la Commission des monuments et sites, au départ interrogative. Les amis du musée ont offert 40000 euros pour l’éclairage et la mise en place. Les 350000 euros de l’œuvre (chiffre cité par "Le Soir"), ont été offerts par des sponsors (on parle des Gillion-Crowet entre autres).

Cette œuvre n’est pas loin des Bosch, Bruegel et autres artistes des métamorphoses et se trouve à côté des "Chapitres I à XVIII" placés là, par Fabre il y a un an et dont l’expo est prolongée. Là, les murs sont peints en noir et lettres d’or pour accueillir une rangée d’autoportraits de l’artiste affublé d’oreilles et cornes animales. D’un côté, il a aligné 18 têtes en bronze et de l’autre, les mêmes en cire noire avec des couleurs. Le tout a un côté solennel et médiéval, comme un imaginaire cabinet de curiosités d’un prince qui aurait collectionné des chimères mi-hommes, mi-animaux. La tête est chaque fois celle de Fabre à des âges différents, depuis son adolescence jusqu’à la vieillesse. Sur chaque tête, il a "piqué" des cornes : bois de cerf, corne de rhino, cornes noueuses de mouflon ou d’antilope, corne unique de la licorne. Cette série s’intègre naturellement dans l’art flamand du musée, elle poursuit aussi le travail d’un artiste qui a toujours étudié la part animale dans l’homme qui pousse sa destinée comme le bousier sa boule d’excréments.Guy Duplat