Arts et Expos

Une usine désaffectée, des conservatrices à la recherche de locaux déserts, des collectionneurs désargentés: la crise donne parfois des ailes à l'art, comme en témoigne "Invisible Dog", un centre artistique qui vient d'ouvrir ses portes à New York. Plus de 2.500 personnes se pressaient début octobre à Brooklyn (sud-est de New York) à l'inauguration de ce lieu de 1.400 m2, installé dans un bâtiment industriel.

Manon Slone, ancienne commissaire au Guggenheim et au Chelsea Museum, co-fondatrice de "No longer empty", "une entreprise qui apporte l'art dans les espaces vides et stimule le commerce local", a choisi une dizaine d'artistes, dont le célèbre duo d'origine cubaine Guerra de la Paz (Alain Guerra et Neraldo de la Paz), pour l'exposition du rez-de-chaussée, ouverte jusqu'à fin octobre. Après avoir goûté à un voyage dans l'Enfer de Dante dans le monte-charge, une installation d'un Italien, Giuseppe Stampone, les visiteurs peuvent explorer le deuxième étage, transformé en studios tous déjà loués à une dizaine de photographes, peintres, illustrateurs, graphistes, de toutes nationalités. Et derrière un écriteau qui annonce "pas d'argent, pas de problème", le troisième étage accueille pour quinze jours "Recession Art", une organisation créée par deux soeurs, Emma et Ani Katz, 26 et 23 ans. Les oeuvres, dont aucune ne coûte plus de 500 dollars, sont sélectionnées par un jury professionnel, et se vendent comme des petits pains.

"Nous avions plusieurs propositions pour faire de l'immeuble une école ou des bureaux, et puis nous avons rencontré Lucien Zayan, qui nous a convaincus qu'un centre artistique pourrait être rentable", raconte à l'AFP Frank di Falco, un des propriétaires. Franck di Falco rencontre ce Français qui a découvert l'endroit. Et qui le convainc qu'en aménageant et louant des studios d'artistes au 1er étage et les quelque 600 m2 du dernier étage en espace ouvert, le lieu peut rapporter de l'argent. Le promoteur met à l'oeuvre ses équipes et, en deux mois, les fenêtres et portes sont réparées, les planchers solidifiés, les tuyauteries changées, les locaux déblayés... "On a posé une pancarte +marché aux puces+ sur le trottoir, et on a commencé à vendre tout ce qu'on récupérait, les boucles de ceinture, les moules en latex, les machines à coudre, les pieds de lampes et les meubles industriels", raconte Lucien Zayan, 43 ans, un Marseillais producteur de théâtre et danse.

En avril, un journaliste du New York Times écrit un article sur "Invisible Dog" intitulé "Le Chien Invisible recommence à aboyer" et qui attire les visiteurs. "Invisible Dog" était en effet un gadget qui avait fait fureur dans les années 70: à l'époque l'usine fabriquait des laisses rigides qui se terminaient par un collier vide pour promeneurs surréalistes.

Quelques centaines de ces fausses laisses subsistent. Peu avant l'inauguration, près de 2.000 personnes ont fait sensation en feignant de promener leurs chiens, une performance signée par "No Longer empty", "Invisible Dog" et "Improv Everywhere", l'organisateur du flash mob "Frozen in Grand Central", où des dizaines de personnes s'étaient immobilisées dans la gare.