Des artistes, nos journalistes... partagent une sidération artistique, une épiphanie culturelle, une révélation qui les a marqués, touchés au cœur.

Voici la contribution de Louma Salamé, directrice générale de la villa Empain, écrin aux activités culturelles de la fondation Boghossian.

Remontons le temps ensemble. Nous sommes en 2007, au MUDAM, à Luxembourg. Hier encore, j’avais vingt ans et la fierté d’avoir enfin un premier travail dans un musée.

Jamais je n’avais rencontré de personnalité aussi singulière et attachante que Marie-Claude Beaud. Après quinze années à naviguer dans des musées, je n’ai jamais retrouvé de directeur aussi charismatique, flamboyant et truculent. Marie-Claude m’a introduite auprès d’artistes de tout continent, souvent les plus admirables de tous, mes premiers amours. Rare personnalité du monde de l’art à éviter inlassablement le conformisme, elle ne suivait aucune mode et c’est ainsi qu’elle m’a présenté Pascal Convert, dans le cadre d’une exposition solo que lui consacrait le musée.

Initiée à la théorie des humeurs d’Hippocrate, qui distingue quatre tempéraments pour les hommes, je recherchais depuis toujours dans les œuvres d’art, musique, littérature, peinture, cinéma… l’expression ou l’exaltation de la mélancolie. Ce sentiment, si particulier et ambivalent, parvient à mêler volupté et jouissance en même temps que douleur et tristesse. Étudiante à l’École des Beaux-arts de Paris, les œuvres qui exploraient la représentation de la solitude, de l’absence, de la ruine, et du temps qui passe m’avaient toujours semblé incontournables.

Les œuvres de Pascal Convert exposées au MUDAM étaient trois sculptures monumentales composées de cire et de cuivre, de plus de deux mètres de hauteur, réalisées à partir de photographies de reporters de guerre, en Palestine, en Algérie et au Kosovo. Ces moments de l’actualité tragique étaient sublimés par la taille, la texture, la couleur - et la radicalité des sculptures. L’une des trois représentait la célèbre photographie de la Pietà du Kosovo de Georges Merillon, qui obtint le prix World Press en 1991. La contemplation de cette pietà de cire me plongeait inévitablement dans un état de fascination presque impossible à décrire, me rendant inconsolable, hantée par les problèmes existentiels.

Le travail de Pascal Convert investit l’archéologie de l’histoire, du corps, du temps. Son œuvre renvoie constamment à la question du sacré et du temps : relevés de sites disparus, empreintes d’objets familiers, vitrifications d’espaces de vie. Les thèmes de l’oubli et de la mémoire se cristallisent dans des matières fragiles, à l’image de nos émotions.