La fausse vérité des photos

Arts & Expos

Lorent Claude

Publié le - Mis à jour le

La fausse vérité des photos
© Philip Lorca Di Corcia

Puisqu’il s’agit d’une première européenne, l’expo sera probablement une découverte pour la plupart d’entre nous. Photographe américain (1951), Philip-Lorca diCorcia, représenté par la célèbre galerie new-yorkaise de David Zwiner, s’est taillé une solide réputation depuis le milieu des années quatre-vingt, alors qu’il travaille essentiellement pour des magazines et qu’il reste attiré par la vision cinématographique. De ces années, de 1975 à 1999, il a extrait un "Storybook Life", soit une sélection de ses nombreuses photos exécutées hors commandes dans lesquelles on reconnaît la patte du professionnel qui maîtrise parfaitement la technique et qui sait cadrer son sujet. Pourtant, la plupart de ces clichés sont des scènes de vie captées apparemment sur le vif. L’habilité du photographe réside justement dans cet entre-deux qui sème le doute sur la véracité naturelle des images. Comment obtenir une telle qualité, alors qu’il faut saisir le sujet au vol et au millième de seconde ?

En fait, Philip-Lorca diCorcia joue sur les deux tableaux, interrogeant précisément la vérité des images photographiques qu’elles soient ou non des mises en scène composées avec grand soin. Sa technique lui permet de camoufler, d’un côté comme de l’autre, la véritable origine du cliché. Sa dextérité est telle qu’il nous est quasiment impossible, dans ce type de photographie, que l’on imagine de reportage en direct, de distinguer s’il s’agit d’un déclic spontané ou entièrement programmé et apprêté. Et cela n’a rien à voir avec les montages théâtralisés d’un Jeff Wall. On en est pour ainsi dire aux antipodes, tant le leurre est imparable et l’environnement préservé. Dans sa série des "Heads", portraits en buste, le doute ne subsiste pas, car la complicité du sujet est indispensable, par contre, dans la série "Hustlers", réalisée à Los Angeles entre 1990 et 1992, le naturel de ces hommes prostitués, saisis dans leur site habituel, est, contrairement aux apparences, totalement une composition arrêtée. Le doute qu’il sème atteint son comble dans la série, inédite à ce jour, des mille polaroïds qu’il aligne aux cimaises comme s’il s’agissait d’un reportage en continu pendant des jours ou des mois au fil de ses rencontres et déplacements. Tout en fait partie sans aucune hiérarchie. A l’inverse, les grandes photos de "East of Eden", une série toujours en cours, d’évidence, ne peuvent être que des poses prévues et organisées. Mais constituent-elles pour autant une vérité vraie ? Pas sûr !


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