Rik Wouters, né en 1882 à Malines, mourait prématurément d’un cancer, à 33 ans, le 11 juillet 1916. Malgré une carrière trop courte, ses peintures fauves, la sensualité calme de ses sujets, ses sculptures, continuent à fasciner aujourd’hui.

Malines fête le centième anniversaire de sa naissance par une très jolie exposition au musée Hof van Busleyden (avec guide du visiteur en français). Elle a son pendant à Anvers, au musée de la mode (Momu) qui propose une expo sur le lien familial qui unissait l’artiste à Nel, sa femme et son quasi unique modèle (nous y reviendrons).

A Malines, ce n’est pas une expo Rik Wouters même si les tableaux et sculptures de lui qu’on y montre sont parmi les plus beaux, mais bien autour de son œuvre la plus spectaculaire : la Vierge folle : une femme nue danse « comme une folle », en équilibre sur une jambe, jetant l’autre en l’air, comme ses bras, et avec sur la visage un sourire de béatitude.

Rik Wouters avait découvert la grande danseuse Isadora Duncan au théâtre de la Monnaie en décembre 1907 et fut subjugué par celle qui révolutionnait la danse (avant de mourir stupidement étranglée par sa propre écharpe de soie prise dans les roues de sa décapotable).

Il demanda alors à Nel de prendre la pose. Celle-ci expliquera que ce fut éreintant de reprendre continuellement une attitude en complet déséquilibre. On peut aujourd’hui la voir aussi au parc du Middelheim à Anvrs et au musée en plein air du Sart Tilman à Liège.

Danser ma vie

Autour de ce chef-d’oeuvre, dans une grande salle totalement habitée par les sculptures et peintures, l’expo décline quatre thèmes : la danse, la représentation de la beauté féminine nue, la folie et le déséquilibre. Avec l’art moderne mais aussi ancien (belles sculptures romaines, tableau de Cranach, réplique de Bruegel), avec des films (dont les chorégraphies d’Alain Platel et Lisbeth Gruwez) et des vidéos fortes de Pipilotti Rist, Bruce Nauman ou « vintage » de la vedette des cabarets berlinois des années 20, Valeska Gert.

Isadora Duncan avait dit : « Mon art est précisément un effort pour exprimer en gestes et en mouvements la vérité de mon être. J’ai donné au public les impulsions les plus secrètes de mon âme. Je n’ai fait que danser ma vie ». Nietzsche s’exclamait : « Et que l’on estime perdue toute journée où l’on n’aura pas au moins une fois dansé ». Et Pina Bausch concluait : « dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ».

La danse, la peinture, la sculpture, sont chaque fois des manières de traiter le corps et l’espace, et leurs relations. Commencée avec Isadora Duncan, l’exposition montre le Nijinski de Rodin, les danseuses de Degas, celles de Toulouse-Lautrec. Comment Marcel-Louis Baugniet représentait sa femme, la danseuse Akarova.

Tôt, les artistes furent fascinés par la danse « folle » en papillon, de Loïe Fuller à qui un film actuellement en salle est consacré.

De la danse, on passe tout naturellement à la représentation du corps féminin et sa beauté à travers des nus de Modigliani, Cranach ou Rik Wouters. Pour glisser ensuite vers la folie. Le grand « Nu barbare » de Karel Appel semble être une bacchanale de peinture autant qu’érotique qu’on retrouve chez la post-punk Kati Heck ou, inversement, dans le repli autiste d’une femme de Berlinde De Bruyckere cachée sous sa couverture.

On ne manquera pas non plus les aquarelles de nus de Marlène Dumas et bien sûr, l’Iris de Rodin, la messagère des dieux qui montre son sexe, sa version sculptée de l’Origine du monde, mais qui, en plus audacieux, est bien le pendant aussi de la Vierge folle.


Zot geweld, dwaze Maagd, la Vierge folle, Musée Hof van Busleyden, Frederik de Merodestraat 65, Malines, www.musemechelen.be, jusqu’au 11 décembre, fermé le mercredi.