La Corée se sent comme une "crevette coincée entre deux baleines" (le Japon et la Chine) malgré ses 50 millions d'habitants et son statut remarquable de treizième puissance économique mondiale. Sa lutte légitime pour se développer et se faire connaître n'exclut pas le nationalisme. La Corée réclame ainsi toujours les trésors que le Japon lui a "pris" lors de la longue occupation du pays par Tokyo. "Le pays du matin calme" a bien des arguments à faire valoir : ses chercheurs, sa vitalité, mais aussi sa culture millénaire et son dynamisme dans l'art et l'architecture contemporains. Le festival "Made in Korea", qui débute au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles (lire le programme dans la colonne de la page suivante), permettra de mieux connaître ce pays et de compléter l'image qu'on peut se faire de l'Extrême-Orient. L'événement est important aussi pour la Corée, à en croire le grand nombre de journalistes coréens présents pour l'occasion.

La tendresse

Il faut commencer par visiter la très belle exposition d'art ancien, "Le sourire de Bouddha, 1600 ans d'art bouddhique en Corée". Le bouddhisme fait en effet partie des trésors nationaux. Les bouddhistes coréens sont fiers de leurs spécificités. Ils rappellent que le bouddhisme est venu de l'Inde par la Chine, est passé d'abord par la Corée avant de s'installer au Japon. Comme le bouddhisme chinois a été laminé par soixante ans de communisme, les Coréens estiment qu'ils sont, eux, porteurs d'un bouddhisme authentique, plus ancien que celui du Japon. La Corée compte vingt-sept ordres bouddhistes avec 3000 temples et 25000 moines.

L'exposition a été conçue avec l'appui du grand spécialiste belge de l'art coréen Jan Van Alphen et bénéficie d'une scénographie parfaite qui met bien en évidence la beauté des pièces, avec des explications scientifiques claires et utiles.

Les objets, relativement peu nombreux, sont bien choisis, et plusieurs pièces, en particulier, valent à elles seules la visite.

A commencer par l'extraordinaire "bodhisattva méditant", un grand bronze doré du VIIe siècle (notre photo). On y voit celui qui ayant acquis l'état de Bouddha, refuse le nirvâna par compassion pour se réincarner et venir en aide aux autres. Il a une jambe croisée sur l'autre, il se penche légèrement et les doigts de sa main droite touchent tendrement sa joue. Une merveille de grâce et un des nombreux "trésors nationaux", répertoriés comme tels par le gouvernement coréen et prêtés pour l'expo. D'autres "bodhisattva méditant" sont présents.

Autre merveille : deux grands sutras du XIVe siècle, des textes écrits à l'or, avec des peintures dorées d'un raffinement extrême, sur un papier bleu nuit. Superbes, comme d'ailleurs toute cette salle de peintures. Il y a aussi la couronne d'or et de pierres du royaume de Silla, retrouvée à Gyeongji, un objet chamanique (le chamanisme reste toujours très présent en Corée) et antérieur au bouddhisme. Ou encore les surprenantes figurines Arhats, brutes et primitives.

Les Bouddhas coréens ont souvent une forme spécifique qui les différencie des autres Bouddhas. Leurs visages sont plus ronds et ils sourient car "ils sont les sauveurs des âmes sensibles".

L'expo se déroule de manière chronologique, selon les étapes de l'histoire coréenne. Parfois, la qualité diminue et le résultat est plus grossier. Mais la beauté peut résider dans d'humbles objets, comme ces petits stupas votifs ou ces bouddhas enfermés dans des reliquaires. Une expo qui est un voyage d'un grand raffinement dans un monde trop méconnu.

"Le sourire de Bouddha. 1600 ans d'art bouddhique en Corée", jusqu'au 18 janvier, tous les jours sauf lundi, de 10h à 18h et le jeudi jusqu'à 21h.