Arts & Expos

Le musée Maillol expose les chefs-d’oeuvres de cette collection suisse avec ses Cézanne, Manet, Van Gogh.

L’exposition au musée Maillol à Paris, de la richissime collection Emil Bührle est une de plus belles qu’on puisse voir actuellement dans la capitale française avec ses splendides Manet, Cézanne, Van Gogh et Gauguin. Si elle est surtout riche en impressionnistes et post-impressionnistes, on y voit aussi La liseuse, chef-d’oeuvre de Corot.

Les 57 oeuvres exposées au Maillol ne sont qu’unéchantillon d’une collection bien plus vaste qu’on pourra admirer totalement en 2021 dans le nouveau musée que lui construit à Zurich, dans une extension du Kunsthaus, le grand architecte David Chipperfield.

Très belle, c’est aussi une exposition controversée car l’origine de la collection Bührle suscite chez certains un malaise relayé dans la presse française. Le Monde titrait même : « Emil Bührle, amateur d’art spoliateur ».

Le catalogue et l’exposition elle-même, expliquent les raisons de la polémique mais sans parvenir à totalement l’éteindre.

© SIK-ISEA Zurich (J-P Kuhn)​

Marchand de canons

Emil Bührle (1890-1956) a en effet son côté sombre à côtéde son côté lumineux d’amateur d’art éclairé. Il fut un grand marchand d’armes qui débuta sa carrière en participant au réarmement secret de l’Allemagne après la guerre 14-18, détournant l’interdiction faite par le Traité de Versailles et vendant à l'état-major allemand un canon léger qui eut beaucoup de succès.

D’origine allemande, il s’installa en Suisse et vendit ses canons aussi bien aux armées française et britannique, surprises par ce réarmement de l’Allemagne. En 1947, il vendit même aux armées américaines, malgré l’inscription de ses usines sur une liste noire au lendemain de la guerre pour avoir livré des armes aux armées allemandes en 40-45.

Il commença sa collection d’art à la fin des années 30 par un coup de coeur pour les impressionnistes et lui donna surtout sa force par des achats massifs et judicieux dans les années 50.

Mais une seconde tache était venu obscurcir son parcours. Il a acheté pendant la guerre de nombreuses oeuvres à la galerie Theodor Fisher dont on découvrira après guerre que plusieurs venaient des biens volés aux Juifs en France. Il faut reconnaître qu’Emil Bührle, informé alors de cela, rendit les 13 oeuvres dont on avait montré qu’elles avaient été volées et les a alors souvent rachetées mais cette fois, à leurs légitimes propriétaires. La bonne foi d’Emil Bührle n’est pourtant pas admise par tous.

Le suicidé de Manet

Si on dépasse ce qui n’est pas un détail, on peut alors découvrir des tableaux formidables. Dès le début de l’exposition, on admire un petit Manet inouï montrant un suicidé effondré sur son lit, le révolver encore à la main. Juste à coté deux autres Manet : les Hirondelles avec deux femmes assise dans l’herbe et Oloron-Sainte-Marie. Quelques tableaux anciens viennent démontrer que Bührle aimait mêler les époques pour montrer les convergences avec un Orage d’Aelbert Cuyp, un Delacroix et le Corot.

On découvre ensuite Les coquelicots à Vétheuil de Monet, Le semeur au soleil couchant de Van Gogh, La petite danseuse, la sculpture de Degas, et ses danseuses en répétition, les Toulouse-Lautrec dont sa sulfureuse Messaline et les Cézanne, autre ensemble fastueux avec le célèbre Garçon au gilet rouge où l’artiste a délibérément allongé le bras droit, un Autoportrait à la palette et une version du Jardinier Vallier.

Emil Bührle s’aventura aussi dans l’Art moderne avec Picasso, Derain , Braque et un beau nu de Modigliani. Une collection fastueuse.

La collection Bührle, au musée Maillol, à Paris, jusqu’au 21 juillet