La maîtrise de Ronan Barrot

Arts & Expos

Roger Pierre Turine

Publié le à - Mis à jour le à

Bon sang ne saurait évidemment mentir! Comment, en découvrant le travail récent, impressionnant et captivant, d'un jeune artiste, ne pas se rappeler qu'il était né, trente-trois ans plus tôt, un pinceau multicolore à la main en lieu et place de tout autre hochet? Nourri par les leçons de Cézanne et du vaillant Paul Surtel, de Carpentras, son père, Dominique Barrot, lui avait, à peine le bambin sut-il s'exprimer, enseigné les vertus d'une peinture vécue comme le plus obsédant des moyens de dire au monde le bonheur de communiquer une flamme intérieure avec des huiles et des couleurs. Et le tout jeune Ronan s'était mis à peindre lui aussi.

Sorti plus tard des Beaux- Arts de Paris auréolé par la flatteuse appréciation de ses maîtres, Barrot junior mit un certain temps avant d'affirmer une personnalité qu'on pressentait sans la voir exploser. C'est chose faite, de bons galeristes de l'Hexagone croyant aussi en lui et les meilleurs critiques français relayant volontiers leurs engagements.

Même succincte vu l'exiguïté des lieux, son actuelle exposition surprend, interpelle, convainc. Une petite dizaine de toiles, certaines monumentales, explicitent des qualités devenues rares dans la peinture d'aujour- d'hui: un engagement musclé et profond, une maîtrise de la composition et de la palette chromatique, une puissance d'expression. Laquelle avoue de solides parrains: le Goya des combats, des expressionnistes allemands, le trop méconnu Egyptien Ibrahim Shahda, mort en Provence il y a près de quinze ans et qui savait si bien balafrer ses portraits de coups de brosse emplis d'impulsions.Placée sous le thème d'un «Paris» en lutte, l'expo de Ronan Barrot explore la dynamique picturale d'engagements héroïques tendus. Ni réalisme convenu ni expressionnisme rabâché, mais la sensation d'avoir affaire à un peintre qui domine son sujet avec des moyens plastiques propres, acquis de haute lutte. Ses coloris vont du noir au rouge, au mauve, tout en concentrant notre attention sur des jeux de lignes, de tons et de volumes qui s'interpénètrent savamment. Un portrait d'intrigante tout en rouge est éloquent, alors que deux paysages âpres et sans séduction facile emportent l'adhésion. Une peinture nature!

© La Libre Belgique 2006

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