Impossible d'échapper à la déferlante russe en ce début de saison, d'octobre 2005 à février 2006, puisque l'on comptera dès l'ouverture de la nouvelle mouture d'Europalia plus de vingt expositions de Liège à Anvers avec une focalisation maximale à Bruxelles.

C'est au Palais des Beaux- Arts que se tiendront les deux expositions phares de ce festival dont il faut rappeler qu'il ne touche pas seulement les arts plastiques mais également la musique, le théâtre et la danse, la littérature et le cinéma. En ouverture plasticienne, l'un des moments clés dans l'art du XXesiècle: La Russie à l'avant-garde entre 1900 et 1935, autrement dit l'ascension vers la révolution la plus radicale des arts: le suprématisme et le constructivisme, jusqu'à sa négation par l'imposition du réalisme soviétique. Une épopée riche et beaucoup plus diversifiée qu'on ne l'imagine a priori qui montre autant l'évolution de la pensée, celle du pays sur le plan politique et social, que celle des arts et de la culture.

En second: Du tsar à l'empereur, une exposition historique brassant plusieurs siècles et axée sur deux villes par lesquelles se fondit la Russie: Moscou et Saint-Pétersbourg, grâce à la politique de quelques figures tutélaires qui transformèrent un pays ancré dans une société moyenâgeuse en une nation ouverte sur le monde et acquise aux idées nouvelles, qu'il s'agisse de Michel Romanov, tsar de toutes les Russies ou de Pierre le Grand et de sa fille Catherine II.

Outre l'évocation du mythique Transsibérien, train parcourant en sept jours, depuis la fin du XIXesiècle, plus de 9000km, les musées royaux d'Art et d'Histoire se proposent de retracer la fabuleuse histoire des Huns, peuple d'Asie centrale dont les origines remontent au second millénaire avant J.-C.

A Bruxelles encore, c'est le symbolisme russe qui sera mis en valeur au musée d'Ixelles, soit une autre manière de considérer la charnière entre le XIXe et le XXesiècles, sous l'influence européenne. Et l'époque fut aussi marquée par les créations du joaillier Carl Fabergé rassemblées chez ING.

En province, on retiendra surtout, en la salle Saint-Georges à Liège, le réalisme soviétique comme témoignage d'une vision dans laquelle la notion de propagande soviétique se retrouve aussi au centre de la Gravure à La Louvière, traitée en affiches. A Anvers, le Muhka se base sur le «conceptualisme moscovite» des années 80 pour tracer un parcours de la création contemporaine jusqu'aujourd'hui, alors que le musée de la Mode a invité un duo de créateurs et que le Fotomuseum a rassemblé près de 120 oeuvres de jeunes artistes: de quoi dresser un panorama quasi exhaustif. Celui-ci est complété par l'exposition solo au SMAK de Gand, avec une ponctuation au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, d'un artiste dont la réputation accède à l'internationalité, Sergei Bratkov, un photographe qui dresse un portrait de la société russe actuelle à travers la saisie des gens ordinaires, des groupes représentatifs et des individus.

Deux rétrospectives et autres

Quelques lieux échappent à la vague russe. Ainsi, le 30 septembre s'ouvrira aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique une exposition très attendue d'art contemporain: la rétrospective consacrée à l'oeuvre de l'Anversois Panamarenko. Rêveur, utopiste poète, il a su imposer depuis les années 60 une oeuvre foncièrement originale qui croise la science et entraîne dans les dédales oniriques par le biais de merveilleuses machines aussi folles qu'ingénieuses.

On ira à Namur, à la maison de la Culture, dès le 9 septembre pour une autre rétrospective de choix, celle du peintre-dessinateur André Lambotte qui poursuit obstinément depuis près de quarante ans une oeuvre foncièrement singulière à l'abri de toutes mouvances passagères. Passant, sous les signes de l'écriture mais sans sa présence, d'une figuration anthropomorphe libre et jubilatoire à l'abstraction, il donne consistance à un renouvellement permanent qui puise son énergie à une source unique: rare, superbe et profond.

On accordera du crédit sur le nom du créateur à une exposition qui s'annonce particulière puisqu'il s'agit de présenter Picasso en or et en argent: c'est au château de Seneffe à partir du 8 octobre.

On notera qu'au MAC's au Grand-Hornu vient de s'ouvrir une expo d'ensemble d'art contemporain sous le titre: Le tableau des éléments et qu'à Eupen l'IKOB montre pour la première fois en Belgique la nouvelle peinture figurative allemande.

Repères internationaux

L'une n'est pas finie, Venise, que deux autres se profilent déjà: les biennales d'art contemporain s'ouvrent à la chaîne. Voici celle de Lyon dès le 14 septembre, concoctée par le duo en partance du Palais de Tokyo, Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans, elle porte sur l'expérience du temps durant les années 90 en ne s'immisçant pas dans la ferveur prospective. Suit de près celle d'Istanbul qui aligne quelques artistes reconnus mais surtout nombre de plasticiens du pays et des régions avoisinantes. Pour la France on pointera (23/9-16/10!) le volet Vertiges du Festival de printemps de Toulouse: 24 artistes internationaux qui explorent les territoires psychiques.

A deux pas de la Belgique on retiendra à Villeneuve-d'Ascq l'exposition Dubuffet et l'art brut qui pose une fois de plus la question de la distinction entre l'art voulu tel quel et celui issu d'une spontanéité, soit-elle provoquée.

A Paris début octobre, et avant New York, la rentrée au Centre Pompidou s'effectuera avec plus de 1000 oeuvres d'une cinquantaine d'artistes pour circonscrire un des grands mouvements de la première moitié du XXesiècle: Dada! Multidisciplinaire et largement internationale l'expo inclura la part belge en ce mouvement véhément et iconoclaste.

Signalons enfin, comme en écho à Europalia, que le Musée d'Orsay met en place un vaste panorama analytique de l'art russe dans la seconde moitié du XIXesiècle, avec une incursion dans le XXesiècle.

© La Libre Belgique 2005