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Arts & Expos

Le beau musée de Raveel

Claude Lorent

Publié le - Mis à jour le

Si le peintre a acquis une belle réputation en Belgique, le musée qui lui est consacré reste encore trop confidentiel, et pourtant il mérite d'être découvert au moins pour deux raisons au-delà de ses propres qualités architecturales : tout d'abord pour la riche collection permanente, ensuite pour les expositions temporaires qui s'y tiennent régulièrement (jusqu'au 4 mars 2007, "De toets", "La touche", exposition d'oeuvres de huit peintres contemporains parmi lesquels Dan Van Severen, Eugène Leroy, Vincent Geyskens...).

La troisième raison est la singularité de son inscription dans le site. On le sait, les ateliers d'artistes transformés en musée ne manquent pas, de Permeke à Magritte pour n'en citer que deux situés chez nous; ni les musées consacrés post-mortem à un artiste généralement de grande réputation : Picasso bien sûr à Paris, Dali en Espagne, bientôt Magritte à Bruxelles, Klee ou Tinguely en Suisse... et aussi Félix De Boeck à Drogenbos, musée inauguré en 1999.

Il est vrai, par contre, que rarissimes sont les artistes plasticiens qui peuvent se targuer de disposer d'un musée personnel de leur vivant ! On connaissait, à Bruxelles, le cas de Wiertz qui a négocié un héritage artistique contre un musée à conserver et à entretenir, passé aux mains de l'Etat; voici, depuis quelques années, le musée dédié à Roger Raveel (1921, Machelen-sur-Lys) situé au coeur de la Flandre, dans une région très riche artistiquement, à mi-chemin entre Gand et Courtrai.

L'artiste ne l'a guère fait jusqu'à présent à part une marche symbolique et commémorative sur Bruxelles en 1990, il n'y avait donc aucune bonne raison pour qu'il quitte sa région natale pour assurer la pérennité de son oeuvre. Il est né à Machelen et c'est à Machelen que s'est construit le musée, au centre de la petite commune de Zulte, à deux pas de l'église et du cimetière qui l'entourent : et pour cause, puisqu'il s'agit, au départ, de l'ancien presbytère qui exigeait une solide restauration.

Le projet de musée est né d'un constat et de l'amitié du poète Roland Jooris pour Roger Raveel dont il n'a eu de cesse de défendre ardemment l'oeuvre. "L'idée est la réponse à une question clé qu'on se posait dans les années quatre-vingt : que faire des grandes oeuvres de Raveel, celles d'avant Beervelde ?" C'est, en effet, au château de Beervelde qu'il réalisa, en 1966, sa première et importante intervention in situ : il peint une partie des caves du lieu, y développant ce qui était précédemment en germe dans son travail et qui allait devenir, après cette expérience décisive, les axes principaux de son oeuvre. Les peintures en question, non vendues, étaient stockées dans son atelier. "On aurait pu les offrir au musée de Gand ou à celui de Deinze, par exemple, mais le danger était grand que beaucoup d'entre elles finissent dans les réserves de ces musées. D'où l'idée de construire un musée spécifique."

Au centre du village

La Stichting Roger Raveel fut donc fondée en 1995 sur le conseil de Geert Bekaert, Stéphane Beel fut choisi comme architecte. Des fonds publics vinrent compléter les sommes déjà engrangées par la Fondation, et le musée put être inauguré en octobre 1999, placé sous la direction de l'ami fidèle Roland Jooris qui en resta le conservateur jusqu'à la fin de 2004. Depuis, ce musée est dirigé par une personnalité largement reconnue sur le plan international, Piet Coessens, qui fut notamment directeur de la Société des Expositions implantée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Le bâtiment, conçu par l'architecte Stéphane Beel, prit donc place au centre même du village où l'artiste se sentait pleinement chez lui et fut construit tout en longueur, parallèlement au presbytère restauré mais qui conserva néanmoins son aspect quasi originel et qui sert principalement d'espace pour les expositions temporaires ainsi que de centre administratif. Le musée en lui-même se présente tel un parcours linéaire comprenant des décrochages d'une salle à l'autre, des hauteurs sous plafond différentes, des modes de liaison avec l'extérieur : une pelouse verte, par des portes vitrées ou des baies disposées tantôt en hauteur, tantôt occupant un pan entier de mur, ou situées parfois au bas du mur comme pour faire pénétrer la lumière de manière indirecte et éviter ainsi les reflets. Une lumière artificielle d'ambiance répand une clarté uniforme convenant parfaitement aux oeuvres.

Cet itinéraire, qui peut partiellement passer par un chemin extérieur et comprend une rampe d'accès en seconde partie surélevée afin de réserver le rez-de-chaussée à des zones techniques, offre une grande variété de salles successives, toutes plus ou moins des cubes blancs, mais dont les dimensions et les agencements offrent une dynamique intéressante judicieusement exploitée dans l'accrochage des oeuvres. On l'aura compris, cette architecture sans aucune fioriture est totalement au service des oeuvres qu'elle abrite. Une qualité de plus en plus rare dans les musées contemporains.

300 peintures, 2 500 dessins

La collection du musée est considérable, elle contient environ 300 peintures, plus de 2 500 dessins, l'ensemble complet de l'oeuvre graphique, plus des objets.

L'accrochage chronologique privilégie les peintures et offre un regard de qualité sur l'ensemble de cette oeuvre qui y révèle à la fois sa force, sa profonde originalité et une rare cohésion. Elle est la preuve qu'une oeuvre solide, pleinement de son temps, peut aussi défier le temps ! Sous la plume habile et analytique de Marc Ruyters, un ouvrage capital vient de paraître, retraçant l'itinéraire de Roger Raveel par le texte et l'image, abordant l'univers de la création, sans oublier l'implication humaine. Des témoignages de Jan Hoet et de Hugo Claus se joignent aux propos de l'artiste.

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