Arts & Expos

Le défi de la beauté

Claude Lorent

Publié le - Mis à jour le

Il y a quelque chose d'optique dans le travail de Gilbert Herreyns (Bruxelles 1943 - vit à Ibiza). Quelque chose qui échappe à toute analyse et qui titille l'oeil placé devant une réalité qu'il ne connaît pas et dont l'état semble lui échapper. On a beau poser l'équation de base : support + tous les éléments constitutifs, le résultat n'a rien de rationnel et débouche sur l'inconnu. C'est le propre de la peinture qui, en art, n'a pas son égal pour s'inventer son propre monde face auquel chacun a envie de jouer à Alice au pays des merveilles : s'aventurer dans l'inconnu.

Comment pénétrer dans cet univers de matière et de couleur qui attire, peut même fasciner, qui intrigue parce qu'il reste énigme et paraît insondable en ses profondeurs. On pourra certes expliquer le processus créatif, et l'on verra à cet égard avec plaisir le film réalisé dans l'atelier de l'artiste, on pourra disserter sur la tonicité d'une couleur, la fragile liberté d'une ligne, la capacité de la surface rugueuse à capter les moindres modifications de la lumière, mais l'on n'aura pas la solution du rébus qui se pose au regard.

Evidemment, la démarche peut se décrire, les couleurs : rouge, bleu et jaune, le quadrillage, les lignes obliques et incertaines en leur parcours accidenté, le relief et les composantes comme le sable ou les aiguilles de pin ramassées près de l'atelier d'Ibiza, les pigments, les nuances... On pourra même y joindre les effets sur la perception, ou cette sorte de all over qui déborde de la surface par son pouvoir de rayonnement, aussi le rôle des multiples accidents..., on examinera de même les techniques auxquelles l'artiste a recours, du dripping à la Pollock au laisser couler d'un Morris Louis, mais rien n'y fera, les oeuvres ne sont pas réductibles à ces analyses si savantes puissent-elles être.

Mais de quoi nous parle alors Gilbert Herreyns ? De peinture pardi, et de la beauté, deux notions bien indéfinissables qui résistent aux investigations les plus intellectuellement étayées. Et c'est justement parce qu'elles résistent qu'elles méritent leur nom, c'est là que se situe la solution à l'énigme posée. Définissez la peinture et la beauté, elles en perdront leur identité profonde et ne seront plus qu'un objet parmi d'autres sans cette capacité d'être insondables qui les rend uniques et inaccessibles. Elles sont sans titre possible ! Elles nous défient sans jamais se fatiguer. Allez les éprouver, elles en valent la peine !

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