Le lever des couleurs

Claude Lorent Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Les couleurs nationales inspirent les plasticiens, Broodthaers avait son os et le Français Jean-Pierre Raynaud se réfère explicitement au drapeau depuis plus d’un demi-siècle. Et ce ne sont-là que deux exemples auxquels on se doit de joindre au moins celui des peintures (1955) de l’Américain Jasper Johns. La pratique n’est donc pas liée à une quelconque nation, elle serait plutôt commune.

Pourtant, en proposant trois ans de suite à une série de plasticiens de travailler sur les trois couleurs qui flottent sur la Belgique, Jean-Marie Stroobants savait qu’il proposait une thématique particulièrement sensible, personne n’ignorant la situation du pays aux trois langues nationales, aux deux communautés et aux quatre régions. L’équation mathématique s’avère difficile à résoudre mais les chercheurs ne baissent pas les bras, cogitent, s’agitent, pour faire sortir du chapeau grâce à une baguette magique, un lapin tricolore. Et donc les plasticiens s’y sont mis, à quarante, durant trois ans. Et l’union se réalise dans la plus grande des diversités dans les salles Terarken du Palais des Beaux-Arts, un sigle melting pot qui vaut pour tous et tombe donc juste à point.

La forme est donc celle d’un pays où le noir du destin convient à tous tandis que le jaune serait plutôt du Nord et le rouge du Sud suivant les sens habituellement attribués. A Bruxelles, les symboliques se mêlent immanquablement les pinceaux dans une identité collective considérablement élargie aux populations allogènes de toutes origines, mais où paradoxalement la convivialité est de mise.

Les artistes, et l’on ne fera pas le tour des quarante propositions laissant à chacun le plaisir de la découverte, y sont allés gaiement généralement à la manière ludique, avec le sourire au bout des lèvres créatives et le clin d’œil aux réalités nationales rarement prises de front. La situation peut être désespérée, les couleurs se délitent comme des pixels qui disparaissent, mais elle n’est pas grave puisque avec un minimum de distance on peut s’en accommoder et même pédaler sur un tandem en sens contraire, dos à dos, tout en avançant. Et voilà bien une image parlante !

Amusantes, drôles, piquantes, jamais naïves mais parfois légères, jouant de la dérision sans irrespect, les œuvres de toutes espèces : accumulations, vidéos, collages, objets, même peintures, désamorcent les bombes et allument des mèches de pétards. L’autodérision préside au lever des couleurs !

Claude Lorent

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