Le magnifique triptyque venu de Melbourne
© Galleria degli Uffizi

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Le magnifique triptyque venu de Melbourne

Guy Duplat

Publié le - Mis à jour le

Si cette exposition n’a pas de noms de "stars" à mettre en affiche, elle n’en est pas moins magnifique et exemplaire. Elle est le résultat d’un travail scientifique de quatre ans et donne une vision neuve d’une période essentielle de l’art en Belgique, à Bruxelles, alors ville des ducs de Bourgogne et centre de l’Europe.

Plus de 120 œuvres de 60 institutions européennes, américaines et même australienne, sont pour la première fois rassemblées, malgré leur extrême fragilité. Ce sont des peintures sur bois qui ne voyagent quasi plus et nécessitent un contrôle rigoureux de l’humidité et de la température.

Le but est de dresser un portrait, pour la première fois, de la production artistique à Bruxelles, à la fin du XVe siècle, dans la foulée de Rogier van der Weyden (1400-1464).

On peut passer des heures à détailler, dans une belle scénographie bleu nuit, ces panneaux pleins de détails, souvent superbes, parfois plus "grossiers" mais toujours riches d’anecdotes et d’émotions.

L’art de Rogier van der Weyden eut une énorme influence sur toute l’Europe, mais l’expo se concentre sur ses "suivants" à Bruxelles même où il travaillait (son atelier était sur le site actuel de la Bibliothèque royale). A sa mort, il laisse un grand atelier, fort actif dont on ne connaît aucun nom à l’exception de son fils Pieter van der Weyden mais dont on ne sait pas quels tableaux il a peints.

Tous ces artistes, plus ou moins suiveurs de van der Weyden, furent classifiés en 1926 par le grand historien de l’art Max Friedländer sur base d’études stylistiques (avec l’aide seulement de photos noir et blanc !). Un travail toujours valable. Il a rassemblé ainsi les tableaux par artiste, qu’il a nommés, faute de mieux : "maître au feuillage brodé", "maître de la légende de Sainte-Catherine", "maître de la vie de Joseph", "maître de la Rédemption du Prado", "maître à la Vue de Sainte-Gudule", etc. Le seul peintre qui ait signé deux tableaux et qui a laissé ainsi son nom, était Colyn de Coter.

En 1880, on qualifiait encore van der Weyden de "petit maître", n’accordant le titre de "grand" qu’à Jan van Eyck et Hans Memling. "Notre question, résume Véronique Bücken qui a mené cette recherche de 4 ans et cette expo avec Griet Steyaert, était de se demander si ces artistes anonymes qui ont suivi van der Weyden étaient vraiment des ‘petits maîtres’ ou bien les appelle-t-on ainsi par simple méconnaissance, négligés parce qu’ils n’ont pas de noms ?" La réponse des commissaires (et des visiteurs de l’expo !) est claire : il y a de très nombreux chefs-d’œuvre, de "grands maîtres" comme "Le triptyque des Miracles du Christ" venu spécialement de Melbourne, ou les tableaux d’Aert van den Bossche ou ceux du "maître des portraits princiers", souvent comparables à van der Weyden lui-même.

Si on ne montre de van der Weyden lui-même que les deux tableaux du musée des Beaux-Arts, on découvre de superbes tableaux de son atelier, et beaucoup d’autres d’une délicatesse, d’une luminosité, d’une beauté souvent splendides. Même si d’autres montrent des naïvetés dans les proportions ou les perspectives. Sur tous ces "maîtres anonymes flamands" de Bruxelles, identifiés par Friedländer, seuls trois avaient déjà été bien étudiés et, pour cette expo, on a étudié les autres, les sortant de leur anonymat pour montrer leur qualité et leur originalité.

Mais comment s’assurer que ces tableaux ont bien été peints à Bruxelles alors que l’influence de van der Weyden touchait toute l’Europe ? Les chercheurs ont identifié tantôt de rares signatures, tantôt des inscriptions comme dans le beau triptyque d’Affligem où on peut lire "te bruesele" (made in Brussels), tantôt des documents d’archives, tantôt elles ont étudié les rares cadres originaux et retrouvé les marques spécifiques de "rabots" des menuisiers bruxellois, tantôt elles se sont basées sur la représentation précise de Sainte Gudule ou de l’église du Sablon.

L’expo montre aussi l’influence qu’eut ensuite Hugo van der Goes, qui après avoir été inscrit à la guilde de Gand, est venu finir ses jours et peindre au Rouge-Cloître où l’empereur Maximilien est même venu le voir.

L’expo présente aussi de nombreux objets étonnants, comme un extraordinaire bouclier de parade peint par un artiste bruxellois et prêté par le British Museum, ou des panneaux du char de parade de la Collégiale de Nivelles. On peut encore suivre le parcours du maître du Prado ou découvrir les panneaux qui étaient au dos des van der Weyden de Philadelphie. Une vraie enquête de détective exhumant du passé ces peintres à leur apogée.



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