Arts et Expos

Voilà un "Hommage à Vasarely" qui fait rudement plaisir et son commissaire, le Français Serge Lemoine, peut se targuer d’une démonstration sans faute qui rend enfin au créateur de l’Op Art la juste monnaie d’une pièce qu’il avait été le premier à dévaluer à force de mégalomanie et de mainmises commerciales abusives. L’overdose finit par tuer et, comme le souligne un Lemoine avisé, "Etre à la mode, c’est automatiquement être démodé très vite."

Né à Pecs, en Hongrie, en 1906, Victor Vasarely est mort en France en 1997. Il avait alors perdu la main sur ses affaires et c’est quasi dans l’horreur que certains de ses proches et hommes de confiance mirent à sac son patrimoine. Vasarely avait trop sollicité la gloire sans assortir l’œuvre d’un avenir adéquat. Aux mains désormais de Pierre Vasarely, son petit-fils, la Fondation, qui n’a plus ni tableaux, ni argent, tente de se refaire une santé et un avenir pour que vive l’œuvre d’un créateur important.

Lentement, l’œuvre remonte la pente

Tombée bien bas parce que trop vulgarisée, cette peinture, d’un homme qui rêvait d’embellir la vie de tous, se retrouve une santé. A nouveau recherchée, elle voit ses prix remonter la pente, l’œuvre rayonner.

De belles expositions - chez Pascal Lansberg ou au Musée en Herbe, à Paris - en ont ravivé les attraits. C’est dire si cette exposition du Musée d’Ixelles est une opportunité de se refaire une plus juste idée d’un art qui fit tant de petits et dont nombre d’artistes se réclament aujourd’hui encore.

Et le commissaire ne rate pas sa cible en introduisant, en retrait de Vasarely, trois œuvres du jeune groupe belge Lab (au), dont on ne peut nier qu’il doit une part de ses audaces - mouvement, lumière, rythmes, couleurs - au maître hongrois des lignes et des contrastes.

Noir et blanc, déclinaisons colorées

L’exposition ne pouvait être mieux mise en scène. Les tableaux en noir et blanc d’un côté, les colorés de l’autre, en bas comme à l’étage, et une suite chronologique qui montre de quel bois d’envergure se chauffait un homme qui rêva d’intégrer l’art dans la vie quotidienne et dans l’espace urbain.

Il relayait l’idéal constructiviste russe et l’option développée au Bauhaus avec cette particularité qu’il inventa l’art cinétique à force de maîtriser la vie des lignes et de leurs subtiles déclinaisons.

Les mystères du Cosmos

Nous nous souvenons d’une visite en son émouvant petit musée de Pecs et, là, la découverte de ses premiers dessins fut une fameuse surprise. Une surprise que renouvelle l’expo d’Ixelles avec des toiles (il n’y a pas de dessins) du début des années cinquante. Elles sont nombreuses, déterminantes par leurs contrastes absolus. Même les colorées.

En milieu de salle, une installation, "Sorata T", de 1953, témoigne de son souci d’espace avec des peintures sur verre et acier. En ces Fifties, Vasarely se partagea entre le noir et blanc et les œuvres en couleur, les premières privilégiant les formes radicales et linéaires qui n’excluent pas les géométries, quand les secondes développent des formes plus inattendues qui se lovent entre elles. Un bonheur !

La scène de la grande salle rayonne, elle, de mille feux, ceux-là qui installèrent Vasarely au faîte de la renommée et précipitèrent sa chute… Jeux de cercles et carrés chromatiquement séduisants.

A l’étage, la partie redistribue ses cartes entre tableaux anciens et plus récents et chacun appréciera en fonction de ses goûts et couleurs, ce qui était le parti pris d’un Vasarely épris de vulgarisation, au point d’avoir très vite laissé à des assistants le soin de réaliser ses tableaux sur base d’un schéma préconçu. Leurs titres renvoient aux galaxies, aux mythologies, à une poétique qu’il affectionnait. N’avait-il pas voulu créer un monde particulier, des équivalences abstraites aux mystères du cosmos ?

Musée d’Ixelles, 71 rue Jean Van Volsem, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 19 janvier, du mardi au dimanche, de 9h30 à 17h. Magnifique livre catalogue sous la direction de Serge Lemoine. Editions Silvana Editoriale, 225 pages en couleurs, 35 euros. Infos : 02.515.64.21/22 et www.museedixelles.be