Arts et Expos

L’ouverture de nouvelles galeries internationales à Bruxelles et l’essor du Wiels, avec l’expo actuelle de Luc Tuymans, accentuent encore cet effet. Bruxelles se place, peu à peu, sur la scène mondiale.

Jeudi soir, on se pressait déjà à l’ouverture de la foire. Difficile de juger d’emblée de l’impact de la crise financière. Certains galeristes affichaient déjà des mines réjouies tandis que d’autres parlaient d’un démarrage très lent.

Pour le visiteur, cette édition est, en tout cas, particulièrement intéressante et souvent quasi muséale. Pas d’excentricités. Pas de vedettes mondiales du show bizz non plus (les Jeff Koons, Damien Hirst, Gerhard Richter, Lucian Freud ou Maurizio Cattelan). Mais l’amateur peut trouver autant une œuvre d’Anish Kapoor (chez Gladstone) que des œuvres sur papier d’artistes prestigieux ou des tirages des plus grands photographes. Ainsi, chez Greta Meert, il trouvera une présentation homogène de Donald Judd à Toroni.

Deux chevaux enlacés

On trouve, à la foire, des belles surprises comme le travail toujours intéressant du Sud-Africain Robin Rhode (chez Tucci Russo) ou les photos fortes et ironiques de Marina Abramovic (Beaumont-Public), montrant des enfants en guérilleros autour d’une table trop grande pour eux ou allongés dans un grand lit avec leurs kalachnikovs sur les draps. On peut faire des découvertes comme Melissa Gordon (chez Marianne Boesky), artiste américaine qui réinterprète les grandes figures de l’expressionnisme abstrait.

Cette année, les artistes belges sont remarquablement représentés. Normal à Bruxelles, car l’occasion est unique de "vendre" nos artistes à un public international. Mais la moisson est ici digne d’une grande expo sur "la force de l’art belge" (à l’image de la "force de l’art" qui s’ouvre au Grand Palais à Paris, avec les artistes français). On découvre ainsi la nouvelle œuvre, très puissante, de Berlinde De Bruyckere, commandée spécialement par Art Brusells. L’artiste gantoise a réuni, enlacées et suspendues, deux dépouilles de chevaux, placées dans une grande armoire ancienne, vitrée et ouverte. Belle vanité au milieu d’un haut lieu de vanités, placée seule dans un espace vidé pour l’occasion. A côté, à la belle galerie Continua (qui expose De Bruyckere), il faut admirer la dernière vidéo d’Hans Op de Beeck. Elle parle des extensions du corps humain par les technologies et les rites, un voyage onirique dans l’obscurité de l’avenir.

"Parlez-moi d’amour"

Chez Cerami, Johan Muyle présente ses deux dernières œuvres : une Lucy préhistorique grandeur nature et verte portant, sur sa tête, le bateau des grands voyages. A côté, comme un clin d’œil décalé à la foire, une figurine de Muyle, à sa taille, tenant une tasse qui chante : "Parlez-moi d’amour". Bien sûr, on retrouve aussi les dernières œuvres sur le cerveau de Fabre et les cochons de Delvoye. Mais il faut surtout voir chez Hufkens le tableau de Thierry De Cordier, qui fait un retour gagnant : "Emerald", d’un vert lumineux, est aussi en lien avec le carré de Malevitch. L’œuvre devrait stimuler à voir l’expo De Cordier qui vient de s’ouvrir chez Hufkens à Bruxelles, même si elle ne compte que quatre grands tableaux, mais lesquels ! Des peintures orgasmiques, des Turner contemporains. Le peintre, dans un cycle, part de son paysage campagnard tailladé par un sentier herbeux, comme un sexe de mère. Petit à petit, il le modifie en un paysage de plus en plus marin pour aboutir à peindre la mer pleine et verte, avec juste les stigmates qui rappellent le chemin de la mère.

Edith Dekyndt a un lieu propre aux "Filles du calvaire" pour développer une installation tout en finesse. Jean-Luc Moerman, dans la foulée de son expo au BPS 22, est fort présent chez Tarasieve. En ajoutant les céramiques envoûtantes de Johan Creten (chez Transit) et les dessins psychanalytiques de Benedicte Henderick (au Triangle Bleu), vous aurez déjà une idée de cette "force de l’art" version belge.

La tentation de saint Antoine

A ces noms connus s’ajoute un jeune artiste dont le nom était jeudi sur bien des lèvres : Antoine Roegiers, 28 ans à peine, le fils de l’écrivain Patrick Roegiers dont le livre jouissif "Le Mal du pays" est porté pour l’instant à la scène à la Comédie Claude Volter. Ce jeune homme a passé des jours à explorer la grande peinture ancienne dans les musées du monde. Il en a extrait, ici pour la galerie Guy Bärtschi, après un an et demi de travail, une vidéo sur trois écrans, assez incroyable, sur la tentation de saint Antoine de Bosch dont tous les personnages sont revisités et animés. En quelques heures, tous les exemplaires étaient vendus et on faisait la file pour voir l’œuvre.

Son expo solo était d’ailleurs remarquée par le jury d’Art Brussels parmi les vingt-deux candidats en lice pour ce prix de la meilleure expo solo dans le cadre de la foire. C’est celle de Conrad Shawcross chez Tucci Russo qui a gagné le prix, devant Xavier Mary chez Baronian et, donc, Antoine Roegiers chez Bärtschi. D’autre part, et pour la première fois, afin de marquer son intérêt pour la foire, la Ville de Bruxelles a acheté pour 100000 euros une sculpture. Quatorze sculptures étaient en compétition et placées au parc d’Egmont. Après d’intenses débats, c’est celle de Thomas Lerooy ( " Not Enough Brain to Survive ") qui a été choisie et qui sera placée dans le quartier de la gare du Midi.

Art Brussels, jusqu’au 27 avril, au Heysel.