RENCONTRE

Arrivé en juin dernier, Michel Draguet veut aller vite. Il a de multiples projets pour les musées royaux des Beaux-Arts. Sa conviction est qu'il y a moyen d'attirer beaucoup plus de monde vers le musée, et plus généralement vers le Mont des arts, avec une politique dynamique. Il sait que le financement est son talon d'Achille. La Régie des bâtiments et la Politique scientifique fédérale sont sans le sou et peinent déjà à financer le minimum. Il cherche donc tous azimuts, des partenariats privés (Suez, Dexia peut-être?) et publics (la Région bruxelloise, la Ville de Bruxelles?). Ses projets, que nous détaillons, doivent encore se concrétiser mais ce volontarisme est impressionnant et riche de surprises.

En août dernier, nous avons donné tous les détails du futur musée Magritte, qui s'installera dans le musée d'art moderne actuel, à l'Altenloh. L'accord de partenariat avec le groupe Suez, qui financera les travaux, est fait, même s'il n'y a pas encore de signature formelle tant que toutes les études ne sont pas terminées. Mais le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, a signalé cet important accord au vernissage de l'exposition David à Paris.

Véritable fleuron technologique, le musée s'ouvrira en avril 2007 et visera 700000 visiteurs par an (le musée fait actuellement 350000 visiteurs annuels, sans grandes expos). Certains parlent même d'un million de visiteurs par an. «Pour atteindre ces chiffres, explique-t-il, comme le musée Van Gogh qui parvient à 1,3 million de visiteurs, il faut imposer la signature Magritte, c'est une question de marketing. La simple annonce du musée Magritte a suscité des articles dans la presse américaine, chinoise et japonaise ! Pour l'instant, sur 37 visiteurs étrangers à Bruxelles, un seul monte au Mont des arts, les autres restent à la Grand- Place et au Manneken Pis. On peut améliorer les choses.»

Michel Draguet parle de créer ensuite un «pôle Brueghel» au musée.

Le musée Magritte prendra la place des collections du XIXe siècle, ce qui suscite des grognes internes. Michel Draguet cherche donc de nouveaux espaces.

Un geste architectural

Il réfléchit d'abord à ce terrain vierge sur la rue Montagne de la Cour, juste à côté du musée, en face du MIM. Le dernier terrain libre pour une extension du musée. Un âpre combat avait opposé, il y a trois ans, la conservatrice Eliane De Wilde à des projets de logements sur ce terrain. Le musée veut que cela reste un lieu possible pour son extension. «Ce terrain devrait être affecté après une discussion sur le Mont des arts, estime Draguet. Le musée Hergé ( NdlR: prévu à Louvain-la-Neuve dans une architecture de Christian de Portzamparc) serait très bien ici, au Mont des arts. Il y a ce terrain mais il y a aussi des lieux possibles à la place Royale. Si on construit un bâtiment, il ne faut plus le cacher mais l'affirmer comme un geste d'architecture contemporaine. L'Old England a été construit malgré l'architecture Renaissance du quartier. Je refuse un pastiche du Moyen Age comme on en a fait près de la Grand-Place.»

Ce lieu pourrait aussi recevoir de l'art contemporain, même si Michel Draguet estime que le musée n'a pas pour vocation l'art contemporain. «Il y a déjà le Mac's, le Smak et demain, le Wiels. Je voudrais développer avec eux des partenariats afin, par exemple, que notre musée fédéral puisse acquérir, pour accroître notre patrimoine, des oeuvres quand elles sont encore à des prix accesssibles. On pourrait aussi organiser avec eux, chez nous, avec le prestige d'un musée fédéral, une expo comme «Sensation», qui fut organisée à Londres il y a près de dix ans et qui se fit en collaboration avec les acteurs de l'art contemporain pour affirmer les jeunes créateurs anglais. Porquoi pas imaginer la même chose en Belgique? En 2006, nous aurons d'ailleurs une exposition avec la banque Cera, consacrée aux neuf artistes contemporains dont la banque a édité une monographie (Marthe Wéry, De Keyzer, etc.). Notre musée peut donner à nos artistes actuels une aura internationale.»

Au Vanderborght?

La seconde piste d'extension de Michel Draguet est le centre- ville, «un peu paupérisé en offres culturelles». Il cherche un bâtiment supplémentaire pour que le musée y présente ses collections du XXe siècle, «comme la Tate Modern s'est ajoutée à la Tate». Cela permettrait au musée de regagner de la place pour mieux redéployer les collections du XIXe autour de grands thèmes commele symbolisme belge, l'art nouveau (on dit que le musée des Beaux-Arts pourrait recevoir en dation - à la place des droits de succession - la magnifique collection d'art nouveau d'Anne-Marie Gillion Crowet et que la Région bruxelloise serait d'accord), la personnalité d'Ensor, la libre esthétique, etc.

Une des pistes, « mais les négociations n'ont même pas commencé», est le bâtiment Vanderborght, géré par la banque Dexia et qui abrite, jusqu'en avril 2006, l'expo «Made in Belgium». Un bâtiment avec une architecture parfaite pour ces collections et très bien placé à côté de la Monnaie (« de quoi faire des complémentarités en art contemporain comme on aurait pu le faire autour de Kentridge. Et de plus, Dexia est déjà notre partenaire sur l'exposition Panamarenko»).

Si cela se concrétisait, l'extension serait ouverte à la mi-2007 et pourrait inclure la collection Dexia. Il resterait encore le problème budgétaire: il faudrait engager de nouveaux gardiens par exemple et «avoir des partenaires comme la Ville et la Région, qui ont tout intérêt à ce que se développe un socle de grands lieux culturels qui attireront plus de monde à Bruxelles qu'une multiplication d'événements». Mais, comme on le souligne chez Dexia que nous avons contacté, « c'est encore très prématuré et nous avons plusieurs possibilités pour affecter ce bâtiment à long terme à des activités culturelles».

© La Libre Belgique 2005