ENVOYÉ SPÉCIAL À ROTTERDAM

Les collections du musée Boijmans van Beuningen sont très riches (depuis Bosch et Brueghel jusqu'aux artistes les plus contemporains, lire ci-dessous), et elles sont si importantes en volume qu'il a fallu à nouveau agrandir fortement le musée. Son directeur, le Belge Chris Dercon s'est lancé dans de grands travaux depuis 1996 en demandant au bureau Robbrecht et Daem, non seulement de construire une toute nouvelle aile mais ausi de rénover l'ensemble du prestigieux musée. Le résultat est fort convaincant. Paul Robbrecht est un grand architecte, habitué aux rapports à l'art. Il a travaillé à la Documenta de Kassel, réalisé la magnifique galerie Hufkens et construit le Concertgebouw de Bruges. «Enfant je voulais devenir artiste, nous dit-il. Mais mon père m'a empêché, disant que je devais choisir un «vrai» métier, soit patissier comme lui soit architecte et il m'a envoyé en Suisse et en France voir des réalisations du Corbusier».

Le musée Boijmans a été construit en 1935 par l'architecte Ad van der Steur comme une copie de l'hôtel de ville de Stockholm. L'architecte Alexander Bodon a ajouté une aile en 1972, Paul Robbrecht ajoutant aujourd'hui 5000 mètres carrés (surfaces d'exposition, très belle bibliothèque, etc..) avec une architecture sobre de verre et de béton brut, fort réussie. L'architecte est aussi intervenu dans le reste du bâtiment, réorganisant sa circulation, créant une nouvelle entrée dans l'ancienne cour de service, unifiant les deux aspects forts du musée: l'art ancien et l'art contemporain.

Nos avons aussi interrogé Chris Dercon.

Vous serez resté 7 ans à la tête du Boijmans, avec quel bilan?

Beaucoup à Rotterdam voulaient scinder nos collections en trois musées: d'art ancien, d'art contemporain et des arts appliqués. J'ai réussi à empêcher cela et à préserver le mélange unique et riche qui fait la spécificité de ce musée. J'ai apporté aussi un management du changement, ce qui n'a pas été simple à faire accepter. Le nouveau bâtiment est l'expression politique du changement.

On dit que vous partez car vous êtes en froid avec la majorité de droite actuelle à la ville, issue de la liste Pim Fortuyn et qui semble fort hostile à tout ce qui concerne l'art actuel voire la culture tout court?

Je suis arrivé à Rotterdam il y a 13 ans, pour y créer un centre d'art contemporain. J'ai pris ensuite la direction de ce musée il y a sept ans. Quand je suis arrivé, Rotterdam était en plein renouveau culturel. Je peux effectivement comparer avec la situation actuelle qui est très, très dure.

Vous avez été à la tête de la commission de la fondation roi Baudouin sur l'avenir du Mont des arts à Bruxelles, vous étiez en charge de l'expo Forwart, on a parlé de vous pour reprendre les expos au Palais des Beaux arts, ou pour diriger le musée royal des Beaux-Arts. Qu'en est-il?

Je n'ai pas vu un appel à candidatures pour le musée des Beaux-Arts et je n'ai jamais reçu de propositions claires. Si on me fait une demande, je suis tout prêt à y réfléchir car la situation en Belgique est passionnante et parce que je suis belge. Il se passe plus de choses en Belgique qu'ici en Hollande, Paul Dujardin est dynamique, mais globalement, il faut avouer qu'en Belgique, il y a un manque cruel de moyens et d'ambitions.

C'est pourquoi vous partez maintenant diriger le «Haus der Kunst» à Munich?

C'est une «Halle» de 7000 mètres carrés créée par Hitler en 1937 et qui, après guerre, a acceuilli nombre de grandes expos de «dénazification» (Picasso, etc...). Un lieu très riche, je reçois une équipe et des moyens (2,8 millions d'euros annuels rien que pour les expos!). Nous commencerons par reprendre l'exposition sur l'histoire du grotesque de Boecklin à Bock pour accueillir ensuite la grande collection de Ydessa Hendeles, une femme victime de l'Holocauste et qui possède entre autres le Hitler de Maurizio Catalan.

© La Libre Belgique 2003