Avec lui, "Cela ne rigole pas… ça cogne !" Une autre manière d’aborder le fil des jours.

Pour la sixième fois depuis 2005, le galeriste expose ce natif de Charleroi qui n’a jamais souscrit aux belles images.

Un peu comme si la souffrance, l’angoisse, l’incurable réaction face aux réalités était son lot. Comme si sourire n’était de mise en aucune Marquises du monde.

Dans la vie, il n’apparaît pas plus sombre qu’un autre. Modeste, réservé, retranché en sa sphère intérieure, Michaël Matthys serait du genre à écouter, regarder, sans trop se mêler à des débats qui, souvent, tournent court faute d’intelligences appropriées.

Né au cœur d’une ville qui n’a jamais battu pavillon coloré, Matthys a grandi parmi des détresses qui minaient l’environnement.

Des colères sourdes ont remonté en lui comme remontaient hier, le cœur aigre, ces mineurs calcinés par la poussière du charbon. Les murs de sa ville en ont longtemps affiché les stigmates. Alors…

© Michaël Matthys @Galerie Jacques Cerami
(Michael Matthys, “Sans Titre” 2016, sang sur toile)

Voix intérieure

Alors, comment grandir sereinement quand tout paraît noir autour de vous ? Quand "De la vie à la mort" l’adage y hante les consciences.

C’est donc en lui que Matthys a puisé une réalité existentielle davantage tissée de heurts et malheurs que de petits bonheurs durables.

Venu à l’art par la BD avec ses amis des éditions Fremok, cet artiste des lourds passés s’est construit un univers qui sonne le rappel des énergies tout en ne minimisant jamais la vérité des réalités de terrain.

Ses premiers dessins et gravures, réunis sous label "Moloch", racontaient ce que fut Cockerill, ce qu’il en advint. Les revoici, vivants, explicites, dès l’entrée du grand et second espace Cerami.

Suivent des peintures au sang sur papier polyester : "La ville rouge". Les instantanés d’une ville, Charleroi, dont il connaît contours et travers. Avec le sang de bœuf, l’ouvrage se corse.

Ces deux premiers livres furent le fruit de dix ans de travail. A leur issue, Matthys élargit, agrandit son horizon en tentant, avec succès, l’aventure de la peinture.

© Michaël Matthys @Galerie Jacques Cerami
(Michael Matthys, “Sans Titre” 2016, sang sur toile)

"Déjà mort"

Dans cette salle rétrospective, le galeriste a réuni les travaux d’un homme en prise constante avec sa propre histoire : ces travaux lui collent à la peau.

Et voici "Le couple" : peint en 2007, un raccourci obsédant d’une histoire d’amour dont l’auteur ne veut occulter aucun côté. L’existence n’est-elle pas fragile ?

Une série de cette année-là est d’ailleurs intitulée "En famille"… Tout un chacun y occupe-t-il sa juste place ?

Matthys brosse ses peintures avec une espèce d’énergie du désespoir. Avec lui, on est dans la densité, dans cet espoir du désespoir qui entrevoit une lumière de ci, de là.

Michaël Matthys peint parfois avec son propre sang. Une façon de dire qu’il fait corps - et âme - avec ses sujets. Qu’il est dedans.

Puis, il y eut ses séries "Les nez rouges" et "Déjà mort"… Sang, charbon, fusain, graphite, Matthys aborde chaque sujet avec les registres qui conviennent. Il ne peaufine pas. Va à l’abordage, ses outils de peintres avouant des parentés avec la "baïonnette au canon" de triste mémoire. Lutter pour survivre.

De l’autre côté, en la Galerie proprement dite, Michaël Matthys a réuni "Running in the Dark", des dessins de son futur album à paraître en 2017. Il y évoque le monde colonial tel que l’a vécu et conté Joseph Conrad dans son livre percutant et tragique "Au-delà des ténèbres" paru au début du XXe siècle.

Miroirs de lui-même, de nous tous, les explorations de Matthys clament une vérité.

© Michaël Matthys @Galerie Jacques Cerami
(Michael Matthys,“Sans Titre” 2016, sang sur toile)

Bio express

Né à Charleroi en 1972. Nombreuses expositions collectives depuis 1997. Plus récents solo : “Déjà mort”, Galerie Cerami en 2014; “Rêve sombre”, Eté 78, Bruxelles, en 2015; “Nuits sombres”, galerie Cerami en 2016. Publications : “Moloch”, 2003, “Je suis un ange aussi”, 2009, “La ville rouge”, 2009, aux Editions Fremok.


Infos pratiques

Galerie Jacques Cerami , 346, route de Philippeville, 6010 Couillet (Charleroi). Jusqu’au 12 novembre, du mercredi au vendredi, de 14 h 30 à 19 h; le samedi, de 11 à 18 h.
Infos : 071/36.00.65 et 0477/784.434 ou www.galeriecerami.be

© Michaël Matthys @Galerie Jacques Cerami