Arts et Expos

Claude Lorent vous en a déjà parlé, enthousiaste et convaincu, et comment ne pas l’être face à la qualité d’une offre intelligemment généreuse et pensée par un couple français qui a l’amour de l’art chevillé aux sens ! Et si l’entrée est ici payante (pour les non-membres), elle est gratuite pour les jeunes, et votre écot le vaut bien quand, de la cave au grenier (façon de parler) et du grenier à la cave (toujours façon de parler), vous irez là de surprise en découverte.

Le lieu d’abord : un hôtel de maître dans une rue aux pignons armoriés. Mais un lieu, en son séant, entièrement remodelé, façon très contemporaine, pour accueillir de l’art et des amis de l’art actuel. Et un couple - Myriam et Amaury de Solanges - descendu de Paris avec l’idée préconçue d’ouvrir à Bruxelles un Centre d’art contemporain. Amateurs éclairés, ils ont souscrit à l’idée de laisser carte blanche, à chaque fois, à un artiste et à des collectionneurs chargés du choix des œuvres qui jalonneront les trois paliers de la demeure. Cerise sur le gâteau : une personnalité est, en outre, conviée à déposer, à portée de main des visiteurs, des textes susceptibles de jeter un regard peu ou prou surprenant sur les artistes sélectionnés et leurs travaux. Les pièces rapportées - si l’on peut les qualifier ainsi - participent à la fête, entendez : un ascenseur quasi futuriste et beau comme un élévateur d’exception et un jardin accueillant pour une ou plusieurs sculptures.

Thème de la troisième exposition : "Légèreté ?" Tout un programme avec ses points d’interrogation, de suspension, d’exclamation. Et des créations contemporaines qu’accompagnent, à tous les étages, tables, guéridons et fauteuils, de quoi se sentir à l’aise. De quoi s’y remettre les idées à neuf en feuilletant, à disposition, les livres et catalogues consacrés aux artistes invités. Que vous commenciez par le sous-sol ou le dernier étage, tout ou presque s’avère en accord et communion avec la thématique en filigrane. Et l’humour y est aussi présent que cette essence des choses qui rejoint la paix des âmes quand on se sent accueilli. De Philippe Geluck à Michel François, les détours de l’art sont certes multiples, mais point inconciliables, c’est ainsi que l’entendent les de Solages. "Légèreté ?" Pièces choisies par les collectionneurs Danuté et Alain Mallart, Maurice van Valen, Pierre Marie Giraud, l’artiste Pablo Reinoso et, pour la cerise, des textes subtilisés à de grands auteurs par Marcel Croës, la célébration des sens - de l’œil, du cœur, des tripes, ou de la vie plus simplement - démarre dans une effervescence de formes, d’idées, de volumes, d’esthétisme et de couleurs qui ne se peuvent décrire dans les limites d’un article. Qui doivent s’apprécier en déambulant d’étage en étage, d’aire de repos en aire de satisfaction.

Trop beau ? Peut-être parfois, mais pas sûr du tout. Raffiné, oui, et choisi avec méticulosité et un sens du rapport entre formes, couleurs et espace. Car la disposition des œuvres est le fait de Myriam et Amaury de Solages sur base des choix collectés. Et ça fonctionne comme si toutes ces pièces avaient été choisies par eux. Même si certaines étonnent, les étonnent, même si certaines semblent plus kitsch, même si les générations d’artistes s’y bousculent et si les offres divergent. L’art et la vie actuels s’y recoupent dans une salve de surprises. D’Ernest Pignon-Ernest et son "Ange", d’après Ingres, à un Reinoso qui vous décline les chaises Thonet comme s’il n’y avait qu’elles en ce bas monde. Des "Souffles dans le verre" de Michel François au couple mortuaire de Pascal Bernier. Des mains éternelles de Anne-Lise Coste au corps nu immortalisé par Jean-Paul Goude. De la légèreté paradoxale d’une bétonneuse cathédrale de Wim Delvoye au vocabulaire volatile de Jacob Hashimoto. Du "Terminal 3" de Hans Op de Beeck au "Paysage d’eau" de Reinoso. Du "Zéphyr" de Zilvinas Kempinas au verre qui ondule de Ritsue Mishima. Du "Dernier banquet", une confondante vidéo d’Op de Beeck, à la cervelle visionnaire de Jan Fabre, aux géométries spatiales de François Morellet, au "Blue Papagai" d’Ann Veronica Janssens. Une déambulation en toute légèreté qui requiert temps et allant.

Maison Particulière asbl, 49 rue du Châtelain, à Bruxelles. Jusqu’au 24 mars, du jeudi au samedi de 11 à 18h. Infos : 02.649.81.78 et www.maisonparticuliere.be