La Banque Nationale et la Bundesbank présentent leurs collections d’art contemporain dans la salle des guichets.

C’est une exposition originale qui s’ouvre à Bruxelles. Deux banques centrales, la Banque Nationale de Belgique (BNB) et son homologue allemande, la Deutsche Bundesbank, ont puisé dans leurs vastes collections d’art contemporain pour en présenter les meilleures pièces. Et on peut les découvrir dans un cadre prestigieux rarement ouvert au public: l’ex-grande salle des guichets de la BNB, au boulevard Lambermont, au centre de Bruxelles.

Le siège central de la BNB fut construit en 1948 par l’architecte bruxellois Marcel Van Goethem (qui fut aussi un des coauteurs du garage Citroën sur le canal, celui qui est devenu Kanal). La salle des guichets est impressionnante : 200 m de long, 8 m de haut, une verrière faite de 9000 éléments translucides, une colonnade un peu mussolinienne tout autour. Un lieu qui devait, comme demandé, inspirer l’autorité et la confiance dans la monnaie et la banque.

La salle des guichets est quasi abandonnée, surtout depuis l’Euro. C’est donc une occasion de la découvrir, d’autant qu’elle se prête parfaitement à une exposition grâce à la lumière naturelle qui baigne tout le hall.

2000 pièces

La Banque nationale a commencé une collection d’art contemporain dès 1972. Le premier but était de pouvoir agrémenter les bureaux du personnel avec un art stimulant la nouveauté, l’interrogation et la créativité. Puisqu’il s’agissait de « garnir » les murs, on a choisi essentiellement des peintures et des photographies. La Banque s’est entourée dès le départ, de conseillers scientifiques, de Karel Geirlandt et Jan Hoet, à, aujourd’hui, Carine Fol de la Centrale à Bruxelles.

Il s’agissait aussi, d’emblée, explique Yves Randaxhe qui dirige la collection, de soutenir les artistes belges, ce qu’elle continue à faire comme son homologue allemande alors que la Banque centrale hollandaise a ouvert ses achats aux artistes de tous les pays européens.

© Bundesbank
Wolgang Mattheuer, Osterpaziergang I, 1971, collection de la Bundesbank

La collection de la BNB est riche aujourd’hui de 2000 pièces et la banque garde un budget annuel d’achat tenu secret, mais estimé d’après De Tijd, à quelque 150000 euros par an, soit un peu moins que le budget d’acquisition du Smak à Gand.

Yves Randaxhe est fier des choix qui furent faits d’artistes achetés souvent tôt dans leur carrière quand les prix n’étaient pas encore trop élevés. Et de fait, on découvre à l’expo un beau panorama de l’art belge des dernières décennies avec d’emblée un beau Walter Swennen et un grand Philippe Vandenberg, mais aussi un magnifique Marthe Wéry, un vaste Michaël Matthys, un assemblage de Jacques Lizène, une sculpture de verre et d’eau d’Ann Veronica Janssens, un beau Raoul De Keyser des débuts, un ensemble de Dan Van Severen, un installation (armoire) de Marianne Berenhaut. Jusqu’au choix audacieux de l’oeuvre de Sven ’t Jolle, Banqueroute composition, de 2009, après la grande crise financière et qui se moque des entreprises américaines sauvées par les banques !

La collection est aussi riche de photographies, comme cet ensemble-panorama de Marie-Fançoise Plissart sur Kinshasa, montrée en 2004 à la Biennale de Venise où le pavillon reçut un Lion d’or, ou les photographies de Gilbert Fastenakens ou Felten-Massinger.

Cette variété de genres se retrouve dans les oeuvres de la collection de la Bundesbank mises en parallèle. Là, on retrouve aussi de grands noms comme un magnifique Kirkeby, et des oeuvres de Polke, Kiefer, Immendorf ou Baselitz. Et des découvertes comme ce paysage typique de l’école de Leipzig, de Wolfgang Mattheuer, composé comme un paysage romantique de Caspar Friedrich.


« Building a dialogue », à la Banque Nationale, 3 boulevard Lambermont, 1000 Bruxelles, jusqu’au 15 septembre, ouvert tous les jours sauf dimanche, de 10h à 18h.