Les bâtiments de prestige de Polak

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts & Expos

Réalisée avec le soutien du secrétaire d'Etat aux Monuments et Sites Willem Draps, et agréablement mise en forme par l'équipe de Nard'One, l'exposition consacrée à Michel Polak (1885-1914) rend justement hommage à un architecte que l'on a peut-être un peu trop oublié de nos jours.

Modeste, vu la difficulté rencontrée par Benoît Schoonbroodt, son enthousiaste animateur-concepteur, pour rassembler une majorité de documents de première main, l'exposition n'en demeure pas moins attrayante tout au long de son parcours. Elle ravive en effet à point nommé nos mémoires sur des bâtiments qui demeurent des édifices de classe de notre capitale. A une époque où l'on bâtit sans beaucoup de créativité, comme à la hâte, des immeubles qui seront aussi vite déclassés, il n'est pas inutile de se pencher avec une certaine ferveur sur des hommes et des oeuvres qui ont, à leur façon, défié le temps et l'espace, témoigné un esprit d'entreprise et d'audace.

Citoyen suisse avouant un beau passé d'architecte Art nouveau à Montreux - de nombreux plans et photos le prouvent -, Polak, qui avait conçu le luxueux Riant-Château des bords du lac de Genève, fut approché, au début des années 20, par l'entreprenant banquier wallon Lucien Kaisin, aux fins d'édifier à Bruxelles un immeuble à appartements d'un type aussi inattendu qu'éblouissant.

Conçu autant pour pallier une carence du logement que pour satisfaire l'ego des classes fortunées, le Résidence- Palace frappa tant les imaginations, dès sa sortie de terre en 1927, que ses espaces de rêve furent occupés en moins de deux.

Hélas, la guerre et des lendemains voués à son occupation par des administrations devaient inévitablement ternir son identité. Il n'empêche: titillé par ce succès et encouragé par les commandes, Polak demeura chez nous et obtint la nationalité belge. Architectes à leur tour, ses deux fils prenaient même plus tard sa relève. La relève d'un homme qui avait embelli la ville d'hôtels de prestige comme l'Atlanta, le Plaza, l'Albert. Et réalisé les Pavillons Français ou rénové avec superbe les Galeries Anspach, bien avant leur stérile modernisation des années 60.

La présence de plans originaux et de photos d'époque sont un plaisir en soi. Un plaisir que corse la présence de mobilier et d'objets d'un temps qui avait l'art d'imposer l'époque par des références durables.

© La Libre Belgique 2004

Roger Pierre Turine

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