Pour atteindre les nouvelles salles Océanie et île de Pâques du musée du Cinquantenaire, il faut traverser les nouvelles salles sur l’Amérique. Rien que cela vaut déjà la visite et si vous ne les avez pas encore visitées, courrez voir ces trésors précolombiens, parmi les plus beaux et les plus riches du monde ! Grâce entre autres, au prêt de la Collection Janssen.

Si les salles Océanie et île de Pâques ne sont pas aussi riches, elles comprennent néanmoins près de 200 objets, souvent de grande qualité, dans une scénographie très efficace pour le visiteur et une architecture qui a retrouvé son dépouillement original.

L’Océanie est à la Une avec l’expo au centre ING de la place royale (le Cinquantenaire a prêté des œuvres). Une raison de plus de voir ces salles du musée d’art et d’histoire.

Les différents conservateurs qui se sont succédé ont eu le nez fin et ont pu acquérir des pièces rares comme cette magnifique coiffure d’apparat des îles australes en plumes de canard, lori et coq, acquise déjà en 1857. Et ces deux têtes maori, fort impressionnantes, avec encore les dents, la peau séchée et tatouée et les cheveux. Les têtes d’ennemis que les Maoris plantaient sur des pieux à l’entrée des villages pour effrayer leurs ennemis. On trouve aussi ces étonnantes cartes marines de brindilles et de cailloux qui renseignaient sur les courants marins. Ou cette parure d’Hawaï avec un os de cachalot sculpté accroché à deux tresses épaisses de cheveux humains.

Mais le trésor du musée, ce sont ses collections pascuanes. Les Belges se sont toujours fort intéressés à l’île de Pâques. Henry Lavachery y a mené dans les années 30 des fouilles décisives. Pour le remercier, le gouvernement chilien offrit à la Belgique une statue entière qui fut ramenée à Bruxelles sur le Mercator, une des deux seules statues entières en Europe. Mercredi, pour le vernissage, le dernier matelot vivant de l’expédition de 1935 était présent !

Cette statue date de la fin du XIIIesiècle, soit peu après le peuplement de l’île intervenu au XIesiècle. Pour les nouvelles salles, on a détaché la statue du mur où elle était adossée depuis 73 ans afin de pouvoir voir les gravures sur son dos.

A l’occasion de cette réouverture, Nicolas Cauwe, le conservateur et directeur de la mission belge à l’île de Pâques, a expliqué les nouvelles théories que ses fouilles minutieuses ont suscitées sur "les mystères de l’île". Nous y reviendrons, dans un grand angle, la semaine prochaine, tant elles sont passionnantes. Les termes étaient connus : pourquoi les "moai", grandes statues de tuf représentant les ancêtres étaient-elles toutes renversées, faces contre terre, quand on a découvert l’île en 1722 ? Et pourquoi les flancs du volcan Rano Raraku, la "fabrique" de statues, étaient-ils couverts de gigantesques statues intransportables et comme abandonnées brusquement ?

La théorie en cours était qu’il y eut fin XVIIe, une catastrophe écologique majeure (la déforestation complète de l’île) qui entraîna des luttes interethniques et des violences qui ont conduit à l’abattage et l’abandon des statues. On a même fait de cette catastrophe le parangon de ce qui pourrait nous arriver. Nicolas Cauwe, à partir de ses fouilles, a une tout autre théorie. Si la catastrophe a bien eu lieu, l’abandon des statues est lié à un changement culturel. La population a abandonné le culte des ancêtres, couché délicatement les statues et s’est tournée vers le dieu Make Make.