Arts et Expos

Eclairante exposition au musée gallo-romain de Tongres comparant beauté antique et d’aujourd’hui.

En choisissant la beauté des femmes, le beau musée gallo-romain de Tongres n’a pas seulement pris un sujet sexy mais aussi un thème interpellant. On y voit que les critères de beauté imposés aux corps des femmes par les modes, les élites et les hommes, sont restés quasi inchangés à 2000 ans de distance.

Sous les empereurs romains, les femmes devaient déjà être jeunes, ni trop grandes ni trop petites, avoir des seins fermes qui tiennent juste dans la main, de longs cils, un ventre ni trop gros ni trop plat, être épilées avec une peau lisse, douce, sans défauts, pâles avec des joues roses. Et comme aujourd’hui, cela imposait aux femmes des soins permanents. « Nil novi sub sole », rien de nouveau sous le soleil.

La femme belle était forcément jeune et l’âge un désastre. « La beauté est un bien fragile, disait Ovide, forge-toi dès maintenant un esprit solide qui secondera ta beauté et qui lui seul durera jusqu’au bûcher funèbre. »

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(Alto-Rilievo, 2015. Crédit: Atelier Lagrange)

Pour illustrer les canons actuels de la beauté (vus par les hommes, rappelons-le), le musée a sélectionné 50 grandes images du photographe belge de charme Marc Lagrange mort en 2015. Des photos noir et blanc ou sépia, glamour, sexy, des plus belles femmes, très nues et superbes. Parfois dans des mises en scène baroques, voire à la limite du vulgaire, ou dans des poses inspirées des statues antiques.

En dessous de chaque photo, se trouve une phrase d’un auteur latin illustrant parfaitement l’image comme cette citation d’Apulée (125-170 après JC), sous la photo de l’Aphrodite de Marc Lagrange : « Elle m‘apparaissait sous les traits de Vénus quand elle émerge des flots marins, et, comme elle, ombrageant de ses doigts de rose la blancheur lisse de son sexe, plus par coquetterie que par un geste de pudeur. »

Un signe de culture

Cette juxtaposition trouble d’autant plus que sont exposées à côté, de nombreuses sculptures antiques de femmes, et en particulier de Vénus, déclinée à l’infini dans chaque maison romaine, en marbre, terre cuite, bronze… La déesse de l’amour et de la beauté, souvent à moitié nue, ou sortant du bain, était le modèle pour toutes les femmes. On a même retrouvé des jouets pour fillettes, des « Barbie » de l’époque, en os, qui avaient les proportions de Vénus.

Pourtant, de nombreux auteurs latins considéraient la recherche de la beauté physique comme un signe de décadence. Pour eux, se maquiller est une forme d’imposture car une femme qui se maquille aurait quelque chose à cacher. Les vraies Romans devaient rester simples sous peine de ressembler à des prostituées, d’autant que ces maquillages coûtaient cher.

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(Tête de statue d'Aphrodite/Vénus, marbre 125 après JC Cologne. Crédit: Römisch-germanisches Museum der Stadt Köln)

Mais la réalité fut tout autre. Ovide dont on fête en 2017 les 2000 ans de la mort, était d’un avis contraire et trouvait que la recherche de la beauté était au contraire, un signe de culture. On a retrouvé d’innombrables objets (du moins chez les riches) liés à la toilette des femmes et qu’on montre à l’expo : vases à maquillage, flacons de verre avec des traces de parfums, spatules à onguents, épingles à cheveux, cure-oreilles, peignes, miroirs, bijoux, trousses de toilette, couteaux pour gratter la peau, postiches, faux cils.

Le fascia pour les seins

Le parcours de l’expo détaille les étapes de la toilette. Les coiffures très sophistiquées qui changeaient en fonction des modes imposées par la nouvelle impératrice. On pouvait se teindre en blond, noir ou rouge, ajouter un postiche. Le fard des yeux était du khôl pour les plus riches, de la suie de lampe à huile pour les autres. Les femmes s’épilaient tout le corps avec des pinces à épiler et parfois de la cire d’abeilles. Elles se blanchissaient le visage pour montrer qu’elles ne devaient pas travailler au soleil, avec du plâtre en poudre et parfois du céruse (blanc de plomb) très dangereux pour la santé.

Elles utilisaient comme cosmétique du fumier de crocodile et serraient leurs seins dans un long tissu, le « fascia », qui les comprimait ou au contraire, les mettait en valeur en les remontant. Elles luttaient contre les cheveux gris. Pline disait qu’elles utilisaient pour ça, des cendres de lombric mélangés à de l’huile.

Il fallait soigner sa bouche, ses dents devaient être blanches (de fausses dents existaient), elles devaient sentir bon, pratiquer des sports sans excès pour évite les gros muscles.

Le musée a filmé des femmes actuelles suivant à la lettre ces conseils de beauté. En fin d’expo, on a interrogé des femmes d’aujourd’hui, de tous âges, sur le rapport à leurs corps et les diktats si répressifs, imposés depuis 2000 ans, surtout par les hommes.

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(Marc Lagrange: Aphrodite, 2013. Crédit: Atelier Lagrange)

« Timeless beauty », musée gallo-romain de Tongres, Explications et audioguide en français. Jusqu’au 30 juin.