RENCONTRE

À AMSTERDAM

On voudrait redevenir enfant pour vivre l'expérience inespérée qui sera accessible aux classes de primaire dès septembre 2006: dormir une nuit dans l'Atomium, dans le cadre d'un séjour d'«ateliers de pédagogie urbaine» organisé par l'asbl du même nom. Pour rappel, l'édifice aux neuf boules, entièrement rénové, sera inauguré le 14 février et rouvert au public le 18. Alicia Framis, l'artiste espagnole choisie pour aménager la «boule des enfants» comme on l'appelle, n'oubliera jamais la nuit qu'elle y a passée, histoire de «sentir» le bâtiment et y chercher l'inspiration. «C'est magnifique... et impressionnant: l'Atomium bouge en permanence, on a la sensation d'être dans un bateau!» nous explique-t-elle, de passage à Amsterdam.

L'artiste n'a pas hésité un instant quand Diane Hennebert, séduite par son travail, lui a parlé de l'Atomium: «Je l'avais visité une fois à 21 ans, et j'avais trouvé cela super. C'est bien que quelqu'un ait eu le délire de faire ça! C'est un peu surréaliste, pas très éloigné du réalisme magique de Cortzar.»

Remix building

Le cahier des charges intégrait toutefois une solide contrainte: le jour, la même sphère devait accueillir les ateliers pour enfants. Une idée qui a d'emblée séduit Alicia Framis, qui trouvait là une nouvelle déclinaison de son concept «Remix building» (lire ci-contre): des lieux plurifonctionnels.

«Ici, on associe une fonction domestique et une fonction pédagogique et patrimoniale», se réjouit-elle.

La pétillante artiste voulait éviter une solution consistant à ranger les matelas et couettes dans un coin ou plutôt une courbe de la sphère: moche et encombrant. Elle a donc imaginé des «chambres» mobiles que l'on déplace pour laisser toute la place aux activités diurnes. En l'occurrence huit sphères rouges ou bleues (deux des «couleurs Atomium») d'un diamètre de 2 mètres 50 posées chacune sur deux boules plus petites, symbolisant des molécules d'eau: H 2O.

Le soir, à l'aide d'un palan mécanique, on remonte au plafond - ou plutôt au pôle nord de la sphère - ces drôles de cabanes qui évoquent un peu la citrouille de Cendrillon, une soucoupe volante arrondie, un ballon de basket géant, et, de l'intérieur, un cocon, un ventre maternel... «J'ai voulu réaliser des bulles pour les enfants, leur donner un sentiment de protection», explique Alicia Framis, qui a souvent travaillé sur le thème du refuge et de la protection - et qui, pour la petite histoire, est tombée enceinte pendant le chantier.

Les cocons, percés d'une large ouverture, ne seront pas éclairés de l'intérieur. Les enfants seront équipés d'une lampe torche. Alicia Framis espère, avec l'aide d'un sponsor, les faire dessiner par Ingo Maurer, le pape de la lumière qui a conçu l'éclairage de l'Atomium. Chic, la lampe de poche design!

Coque de bateau

Trois à cinq enfants pourront dormir dans chaque bulle, sur un grand matelas rond. Les «molécules de pluie», comme les a intitulées l'artiste, ont été réalisées dans un matériau très solide et peu inflammable: un polyester semblable, heureux hasard,

«à la coque d'un bateau», explique Edith Coune, responsable communication chez BASF Belgium, qui a concrétisé le projet de l'artiste - outre les revêtements de sol et l'isolation sonore de l'Atomium.

Le thème de l'eau n'était pas prédéterminé: «Reprenant l'esprit d'André Waterkeyn, des années 50, je cherchais à symboliser une molécule: j'avais pensé au sucre mais elle est trop complexe! L'H 2 O était la plus simple. Diane Hennebert a aimé l'idée de l'eau: un élément vital, proche de la réalité de la ville, devenu précieux au XXIe siècl e, sur lequel il était possible de décliner des ateliers.»

Repères inversés

Ce n'est pas la première fois qu'Alicia Framis conçoit une installation destinée aux enfants. «Kidea» (toute référence à un magasin de meubles...), sorte de labyrinthe de jeux et d'échanges de trésors pour les enfants, enserre une zone d'attente «parking» pour les parents (avec revues, boissons, espace fumeur...).

«On inverse les rôles: pour une fois, ce sont eux qui attendent leurs enfants et non l'inverse», dit l'artiste.

OEuvres d'art, constructions, installations, les molécules? «Je parle plutôt, pour tout ce que je réalise, de prototype, de prototype de vie: qui pense les gens dans l'espace. Ici c'est un prototype de chambre d'enfant... pour un hôtel pour enfants, non?»

Rens.: 02.475.47.71.

© La Libre Belgique 2006