Publié par la société leader de l’information sur le marché de l’art, ce rapport porte sur les résultats de "Fine Art" : peintures, sculptures, dessins, photographies, estampes, vidéos, installations, tapisseries, à l’exclusion du mobilier, des automobiles, etc.

Sous le coup des confinements successifs, les enchères à distance sont devenues en un an la nouvelle norme, jusqu’à des ventes totalement en ligne, sans commissaire-priseur. "Le marché de l’art a su rebondir par le numérique qu’il a totalement investi, ce qui a permis de limiter la chute du chiffre d’affaires", souligne Thierry Ehrmann, président d’Artprice, qui y voit une "révolution". "C’est un basculement spectaculaire qui a fonctionné au-delà des attentes et malgré les réticences de certaines maisons de ventes" attachées aux vieilles méthodes en présentiel, analyse-t-il.

Les raisons expliquant la limitation des pertes ? "Il y a une évolution sociologique. Les enchères sur Internet font venir de nouveaux clients, les 30/40 ans, qui n’avaient pas accès ou ne supportaient pas l’ancien régime. C’est souvent l’art contemporain (qui pèse pour 16 % du marché) qu’ils viennent acheter. Il est la locomotive aujourd’hui. La présentation des œuvres en 3D sur Internet est attractive", explique-t-il. L’évolution est aussi géographique : "Il n’y a plus de fuseaux horaires pour passer commande. Une maison belge ou suédoise va par exemple découvrir de nouvelles zones de richesses, des clients à Singapour, en Indonésie, par exemple."

"Ce marché avait trente ans de retard, il a atteint en un an un nouvel équilibre, que les projections les plus optimistes prévoyaient en 2025", s’est-il félicité.

Plus de monde en ligne "implique aussi plus de concurrence". Le taux de vente très positif (76 %) "repose ainsi sur cette audience renouvelée, couplée à des estimations de prix prudentes pour être attractives", souligne le rapport.

La performance chinoise impressionne : la Chine est revenue à la première place mondiale après quatre ans où les États-Unis l’avaient devancée. Elle pèse 39 % du marché du "Fine Art" contre 27 % aux États-Unis, où la flambée de l’épidémie a eu de fortes répercussions sur le marché, et 15 % au Royaume-Uni.

Déjà, une étude publiée par Artprice à l’automne avait montré que les Chinois étaient 395 (contre 165 Américains) dans le "top 1000" des artistes les plus cotés.

Malgré sa reprise en main par la Chine, Hong Kong maintient son rang. Pour exemple, la maison américaine Sotheby’s y a réalisé le quart de son chiffre d’affaires.

Par ailleurs, une forte demande pour la peinture figurative contemporaine est observée, notamment celle liée à l’Afrique, par exemple du jeune peintre ghanéen Amoako Boafo.

En période de pandémie et face à la standardisation des objets, "le marché haut de gamme se maintient pour une peinture figurative vive, joyeuse et audacieuse", note encore Artprice. En témoignent les bonnes adjudications de Roy Lichtenstein (notre photo) et de David Hockney, et les records atteints par l’artiste franco-chinois San Yu.