Pour sa dernière exposition en tant que directeur de l’Ikob, institution qu’il a créée à force d’opiniâtreté, Francis Feidler a invité Jan Fabre. Cette exposition qui couvre la totalité de l’espace du musée montre à quel point ce lieu occupe désormais une place marquante dans le paysage artistique et muséal de la Belgique. L’Ikob est devenu un lieu de référence par lequel la Communauté germanophone de Belgique se pose en acteur de premier plan d’autant plus qu’il se situe au cœur d’une Eurégio belge, néerlandaise et allemande. Le musée qui sera tout prochainement dirigé par Maïté Vissault possède désormais tous les atouts pour jouer un rôle international dont rêveraient la plupart de nos institutions muséales en Wallonie.

A cet égard, le choix de Jan Fabre est pour Francis Feidler une sorte de testament car il se place artistiquement au top national. Il montre en invitant précédemment des Vergara et Zurstrassen qu’il travaille avec les deux Communautés et place la barre au niveau international. Quand on sait que son ambition sera de travailler dans l’ombre mais avec détermination à la réalisation d’un nouveau musée d’art contemporain, soutenu par le politique, on peut considérer l’avenir sous les meilleurs auspices.

Les dessins exploratoires

L’exposition de Jan Fabre porte principalement sur des séries de dessins des années 1975-1979 appartenant à des collections privées réunies pour l’occasion. Soit la période où il termine ses études et où il aborde la création en solo. Connaissant son œuvre polymorphe et prolifique, les installations spectaculaires et les déploiements sur scène, on pourrait penser que ces dessins de petite taille, ne sont que des esquisses où des notes préparatoires. Il n’en est rien et, bien au contraire, les aborder permet d’entrer pleinement dans l’essentiel de l’œuvre car à peu près tout ce qui va la constituer et la nourrir est déjà là, bien plus qu’en germe.

Tout d’abord, s’il est bien une constante dans l’œuvre de l’artiste anversois (1958) c’est précisément le dessin. Jamais jusqu’aujourd’hui et quelle que soit la discipline qu’il aborde, il ne s’en est départi. Et force est de constater la double qualité de ceux-ci; d’une part ils sont le parfait reflet de son esthétique, de l’autre ce sont de fabuleux réservoirs à idées.

On sait que Fabre vouait une certaine admiration à son homonyme le célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre et que cela a guidé son travail. On sait moins, par contre, et c’est une installation qui nous l’apprend, qu’il avait installé dans son jardin, sous une tente de fortune, un petit laboratoire qui ne l’était pas moins où il se livrait à des expériences qui n’ont rien de scientifique car il y exerce surtout son imagination et sa fantaisie dont ses dessins sont d’ailleurs remplis, tout comme son théâtre d’araignées. Son entreprise artistique est poétique, elle est aussi une résistance aux lois apparentes de la nature et donc une attitude face au destin qui attend les êtres vivants dont il n’a de cesse d’explorer la réalité physique.

L’instinct des insectes

Si toutes traitent sans surprise des insectes (les scarabées en priorité) et des araignées, plusieurs séries exposées sont réalisées sur des pages de livres se rapportant aux insectes et entre autres à l’instinct chez ces petits animaux que l’artiste place souvent en parallèle avec l’être humain dans une relation à la nature, à la vie, à la mort, et dans de multiples symboliques que l’on serait censé partager avec eux.

Ce qui est sans doute surprenant à découvrir dans ces dessins et à travers quelques petites sculptures, c’est l’humour que glisse Fabre dans ces encres, aquarelles et crayonnés au stylo à bille, qui abordent des questions plutôt graves et sérieuses, déjà en un sens prémonitoires car il va les approfondir et les confirmer. La transformation, la métamorphose, la transmutation des êtres, les rapports à la nature, la beauté ou la violence, la vulnérabilité des êtres et la protection, les expériences de vie, voir l’horreur, le dégoût, la mort bien évidemment mais aussi le cycle de la nature, sans compter un certain mysticisme, tout cela participe des interrogations posées par ces images souvent accompagnées de commentaires de son écriture et qui sont à leur manière des fables.

Jan Fabre. Sculptures et dessins d’insectes, 1975-1979. Ikob, musée d’art contemporain, Rotenberg, 12, 4700 Eupen. Jusqu’au 24 mars 2013. De 13h à 17h. Fermé le lundi.