Les humanités d’Anne Desobry

Roger Pierre Turine Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Petits et grands tableaux, aquarelles miniaturisées : 32 pièces à conviction. Trente-deux peintures, qu’il faut bien appeler ainsi et qui le sont d’ailleurs, car la patte est franche, habile, qui sait le pouvoir exorbitant d’un blanc pour nuancer l’ensemble, d’un rouge pour le crucifier, de visages apparemment sans regards vers l’autre pour appuyer la densité du propos. Si propos il y a ! Tout n’est-il pas à lire, ici, sans a priori ni discours, de but en blanc, au travers des couleurs, des odeurs, des noirceurs et des transparences et, justement, de ces visages qui ne semblent scruter rien d’autre que l’immensité d’une détresse pesante.

Peinture ! Souvent présentée au Salon d’Art de Jean Marchetti, Anne Desobry, nous a habitué, de longue date, à ces visages tracés au cordeau de la difficulté d’être. A ses humanités comme abandonnées à elles-mêmes. A la virtuosité de son coup de pinceau, qui se sublime dans la configuration d’un visage vu de face. L’expo du Botanique, souhaitée par Camille De Taeye qui fut son professeur, est une juste étape pour ce travail mû dans le silence des quant à soi et perpétré dans la foi des quêtes identitaires.

Desobry nous dit en de puissants raccourcis l’ampleur des inquiétudes, la difficulté d’être dans un monde qui vous gruge ou vous attaque de biais, les impossibles rencontres quand tout est malheur ou suspicion. Son art ne rigole pas, il n’est pas pour autant amer ou perclus de sauvageries. Il est ce qu’est la vie à qui la parcourt, averti. La difficulté d’être, face au monde et aux autres, ne nous habite-t-elle pas depuis la nuit des temps ! Parfois sans titre ou baptisés "Tourné vers toi", "Orée" ou "Enveloppement", ses tableaux sont, tranquilles mais clairs et nets, des cris pour plus d’humanité. Lassitude ou imparfait des jours, ses individus sont vus sur fond de rien, sinon de vagues paysages, de fonds imprécis. On ressent des attentes, des signes, des gestes, des courses vers Dieu sait quoi. On ressent cette faiblesse de croire que demain, peut-être, pourrait être meilleur, si Si quoi d’ailleurs ? Tranches de vie, ses tableaux, ses portraits nous deviennent vite indispensables. Même si les visages apparaissent drus, chair à vif. Attardez-vous aux minuscules aquarelles : des visages à nu s’y imposent au monde.

Roger Pierre Turine

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