Il y a quatre ans, l’architecture était au centre des JO de Pékin et servait de carte de visite pour vanter la nouvelle puissance chinoise. Le grand stade d’Herzog&de Meuron en forme de nid d’oiseau et la tour CCTV de Rem Koolhaas étaient d’emblée des icônes. Mais une fois les Jeux terminés, le stade est resté inoccupé, à l’instar des infrastructures des Jeux d’Athènes. Londres a choisi le chemin inverse. Les points forts de sa candidature étaient la réhabilitation d’une friche de la ville (250 hectares dans l’est de Londres), la durabilité des matériaux employés et le recyclage des infrastructures. Et de ce point de vue, le pari est réussi.

La piscine olympique dessinée par Zaha Hadid en est un très bel exemple. Curieusement, ce n’est que la première réalisation dans sa ville d’adoption de la star architecte, d’origine irakienne mais implantée à Londres. Un bijou au coût astronomique de 313 millions d’euros. Les courbes audacieuses et sensuelles qu’elle affectionne sont ici parfaites, avec un grand toit en forme de vague ou de battement d’ailes d’une raie géante, et qui coiffe une piscine de 50 m, un bassin d’échauffement de même longueur et un bassin de plongeon de 25 m. Cet immense toit épuré et comme liquide, recouvert de lattes de bois rouge, pèse 2800 tonnes, fait 160 m de long et repose uniquement sur deux supports en béton, un au nord et l’autre au sud. Une prouesse. L’intérieur aussi est magnifique et crée des formes rondes en contraste avec la rectitude des bassins et plongeoirs. Pour les Jeux, deux énormes tribunes sont placées de part et d’autre de la piscine comme des ouïes, portant sa capacité à 17500 sièges. Mais, ensuite, ces tribunes seront enlevées, ramenant la capacité à 2 000 places seulement. La piscine devenant celle du public de l’Est londonien.

Le stade olympique a été créé par le bureau d’architectes Populous, spécialisé dans les infrastructures sportives (il a réalisé le stade de Sidney). Dessiné en forme de diamant, il aura coûté 700 millions d’euros. Dès le départ, il fut conçu pour être démonté après les Jeux et envoyé ailleurs. On pensa l’envoyer à Rio pour les Jeux de 2016, mais l’idée avorta et le stade finalement restera en place mais sans sa partie supérieure. Le stade qui peut accueillir aujourd’hui 80 000 spectateurs sera ainsi décapité, l’acier et le béton de l’étage supérieur pouvant être démontés, ramenant la capacité du stade à 25000 places fixes pour devenir le stade d’une équipe londonienne. Tottenham et West Ham seraient sur les rangs. On reconnaît le stade à son exosquelette de barres boulonnées et articulées sur tout le périmètre du stade. Au sommet du stade, des pyramides tubulaires culminent à 70 m de haut et supportent les 532 projecteurs nécessaires aux transmissionx en haute définition. Les 10000 tonnes d’acier utilisées sont issues à 100 % de ferrailles recyclées. La courte vie de l’étage supérieur permet d’utiliser des matériaux colorés et textiles plus fragiles et moins chers.

Avec le "Basketball arena" des architectes Wilkinson Eyre, le recyclage est total. Avec ses 12000 places, c’est la plus grande infrastructure temporaire jamais construite pour des Jeux. C’est comme une tente géante qui sera ensuite démontée pour devenir ailleurs, sans doute, une salle de concert comme les salles Zénith en France. On reconnaît le grand "Basketball arena" (30 m de haut) à ses murs de PVC recyclable formés de pièces préfabriquées et courbées. Les murs sont légèrement translucides, laissant percer la lumière du jour et transformant, chaque soir, le stade en lanterne magique. Le stade a été monté en six semaines seulement.

Le très beau vélodrome olympique devrait, par contre, rester en place. Il est dû aux bureaux Hopkins et Grant. Il est d’une élégante sobriété. Le toit est en "selle de cheval" aplatie et les murs extérieurs sont recouverts de cèdre rouge. Tout au long du bâtiment, une coursive permet de se promener et de regarder le site olympique. Hopkins est un bureau spécialisé dans l’utilisation de matériaux recyclés.

Enfin, il y a l’Orbit Arcelor Mittal, la tour que le maire de Londres Boris Johnson veut transformer en icône des Jeux, la Tour Eiffel de Londres. L’idée est née en 2008 au Forum de Davos où il rencontra Lakshmi Mittal, président d’Arcelor Mittal. En quelques minutes, l’affaire fut conclue. Mittal payerait la note (24 millions d’euros) à condition que la tour porte son nom. Depuis qu’elle a surgi, elle étonne et a subi les railleries des Londoniens qui l’appellent "le spaghetti", ou "l’érection de Boris". Elle a été dessinée par le grand artiste Anish Kapoor, aidé de l’ingénieur Cecil Balmond, un as pour les structures compliquées (il a aidé Koolhaas à Pékin pour la tour CCTV). C’est une sculpture géante de 115 m, en forme de colimaçon rouge et noir, une structure tubulaire enroulée en boucles. L’architecte Richard Rogers a déjà complimenté Kapoor. Celui-ci ne s’émeut pas des critiques. Il pense qu’avec le temps, cela sera comme la Tour Eiffel et que le public viendra nombreux voir le paysage de Londres depuis la plate-forme située au sommet, comme une canopée.