Lille explore les frontières de l’Europe

guy duplat Publié le - Mis à jour le

Arts et Expos

Lille est un exemple parfait d’une ville qui a pleinement utilisé son titre de capitale culturelle européenne en 2004 pour développer un programme ambitieux et cohérent de "démocratisation de la culture" au sens noble, c’est-à-dire une culture qui ne cède jamais à la facilité mais qui s’ouvre au plus grand public. Lille est d’ailleurs le modèle que Mons prend pour imaginer ce qu’elle fera en 2015.

Il y a 5 ans, le programme concocté par Didier Fusillier et son équipe avait attiré la foule et permit la création de lieux originaux et pérennes - les maisons folies - dans des quartiers de Lille et des villes alentour, utilisés par les communautés locales pour y développer leurs propres projets culturels. Pour ne pas faire retomber le soufflé, Lille a créé "Lille 3000" qui a proposé en 2006, un grand festival autour de l’Inde, "Bombaysers de Lille", un choix précurseur car alors on ne parlait encore que de la Chine.

Cette année, la même équipe volontariste autour de la maire, Martine Aubry (PS) et de Didier Fusillier, propose "L’Europe XXL", une réflexion artistique autour des frontières de l’Europe et de l’idée européenne. Où sont les limites ? En Turquie, en Russie ? Que disent ces artistes ? Quelles sont les frontières intérieures de l’Europe ? Quel message l’Europe a encore à dire ?

L’offre se décline en 50 expos et plus de 500 événements (films, spectacles, concerts). "Europe XXL" a démarré il y a dix jours par une fête populaire orchestrée par la Fura dels Baus (les mêmes qui montent "Le grand macabre" à la Monnaie de manière tonitruante) qui a attiré 200000 spectateurs. La fête de clôture aura lieu à Courtrai le 11 juillet. En débarquant à la gare de Lille, on découvre sur le boulevard Faidherbe, les bébés géants aux queues de monstres du collectif russe AES + F. Et au Tri postal, il y a l’excellente expo "Les frontières invisibles" (lire "La Libre" du 16 mars).

A l’occasion de cet événement, Lille inaugure un nouveau lieu original : la gare Saint-Sauveur. Cette ancienne gare de marchandises fut utilisée jusqu’en 2003. Elle comprend deux grandes halles dont la plus vaste fut construite dans les années 20. Les architectes de l’agence Franklin Azzi l’ont aménagée, "low tech", pour moins de 6 millions d’euros. Le lieu offre des expos gratuites, une salle de cinéma d’art et d’essai, un espace de concerts avec DJ, et surtout un lieu que les voisins (la gare est dans un quartier populaire) peuvent s’approprier y compris pour y organiser des anniversaires en empruntant de grandes tentes gonflables et en profitant du resto-cafétéria et des espaces volontairement non balisés pour pouvoir s’y exprimer sans contraintes.

La halle A, la plus ancienne où débarquèrent jadis, Napoléon III et son épouse est transformée en cafétéria, espace DJ et grande salle de ciné. La halle B, la plus grande, se présente comme un très long parallélépipède. Plusieurs expos s’y tiennent pour l’instant, gratuites. Comme "Hôtel Europa" : on y a reconstitué à l’identique des chambres et appartements de l’ex-Allemagne de l’Est. On peut louer ces chambres à l’heure pour s’y détendre ou y vivre un pur dépaysement dans le temps et l’espace. Il y a même une chambre hilarante entièrement à la gloire de l’inspecteur Derrick !

Dans la même halle, l’expo "Berlin change plus vite que mon cœur" est axé sur la jeune création allemande. On y visionne des vidéos, assis sur des chaises, à côté de tables et de téléphones garantis DDR des années 60. Nostalgie.

Enfin, au bout du parcours, on découvre l’univers hilarant de Martin Liebscher, un photographe qui réalise de grands formats de scènes grouillantes de monde... mais où chaque fois c’est lui qui est représenté, multiplié à l’infini dans d’autres poses.

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