L’art vidéo bouge sans cesse, renouvelant notre vision du monde, changeant notre regard. La 6e Biennale de Malines explore ces nouveaux territoires et l’édition 2013 qui vient de s’ouvrir a pris un thème général très fort, "Loisirs, discipline et châtiment", pour présenter de nombreuses œuvres créées pour l’événement.

C’est un Danois, Jacob Fabricus, qui a mené cette Biennale. Il explique ses intentions : "On trouve des prisons, des stades, des églises et des musées dans la plupart des grandes villes. Ils ont une fonction très spécifique dans notre société. Tout en étant utilisés de manière très différente, ils ont un dénominateur commun : ils sont définis par des règles. Certaines personnes exécutent les règles établies, qui donnent un pouvoir à d’autres ou au contraire les en privent. Que ce soit dans une culture de fans, lors de cérémonies religieuses ou entre détenus, il y a des codes et modes de comportement sous forme de chants, de rituels ou de routines quotidiennes. On peut considérer l’église, la prison et les stades comme une trinité. Les trois mots du titre de l’exposition, "Loisirs, discipline et châtiment" sont aussi liés pour explorer le potentiel, les limites et les fonctions sociales de ces institutions et leurs rapports avec la société. Comment les bâtiments institutionnels influencent-ils notre vie quotidienne et notre comportement par la manière dont ils sont construits."

Les cris des prisonniers derrière les murs

Plusieurs artistes ont été invités à visiter les sites de Malines et à y construire une œuvre. Sarah Vanhee, par exemple, brillante artiste belge née en 1980, a travaillé pendant l’été 2013 avec des détenus de la prison de Malines. Elle explique qu’à l’intérieur de la prison, règnent le silence et "le corps obéissant". Pour briser cela, et pour donner une voix à ces prisonniers, elle a filmé pendant huit heures le mur extérieur, mur de briques avec, au-dessus une caméra. Tout ce qui change est la couleur du mur que l’heure du jour modifie légèrement. Elle a d’autre part demandé à un groupe de vingt prisonniers de crier ce qu’ils voulaient dire, de "donner leur voix". Et le visiteur peut entendre ces cris pleins d’émotion avec un casque, face au mur muet et aveugle.

Une seconde œuvre impressionnante est celle de l’Américaine Liz Magic Laser (née en 1981) qui se spécialise dans l’interaction entre lieux publics, performance et vidéo. On montre aussi à Malines la performance qu’elle a réalisée à Times Square, y installant des gradins sur lesquels des acteurs jouent au milieu des promeneurs. Pour Malines, elle a rendu visite à la prison et y a vu une collection d’affiches anciennes de films se rapportant à la prison, comme "Un condamné à mort s’est échappé" de Bresson. Elle a cherché tous les films dont il était question et isolé des séquences dramatiques. Et enfin, elle a fait rejouer, dans la prison, devant les détenus par une superbe danseuse, Lisbeth Gruwez, ce que ces scènes de films lui inspiraient (notre photo). A l’expo, on voit côte à côte les affiches, les films et la vidéo avec Lisbeth Gruwez.

Le grand criminel

La prison est aussi au cœur du travail de l’Estonien Mark Raidpere (né en 1975). Il propose une vidéo avec des images statiques ou des mouvements ralentis, esthétisés, brusquement évanescents, de dix prisonniers de droit commun (des grands criminels, dit-on) qu’il a rencontrés dans une prison estonienne. Quand on connaît leur origine, on peut d’abord ressentir une certaine angoisse devant leurs visages ou leurs tatouages mais vite, leurs sourires, leurs manières d’être devant la caméra, changent ce sentiment en une certaine empathie. Voir leurs visages si vivants, coupe court à l’idée de haine.

La plupart des œuvres à voir sont cette année concentrées en un seul lieu, au cœur de la Biennale, à la Cour de Busleyden, Frederik De Merodesraat 65, dans le sous-sol joliment aménagé en musée contemporain, mais comme on le lira ci-contre, d’autres lieux sont à visiter.