"Mises à l’eau" par 9 artistes
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"Mises à l’eau" par 9 artistes

Roger Pierre Turine

Publié le - Mis à jour le

De longues décennies durant, et pour de bonnes raisons dans nombre de cas, l’aquarelle eut mauvaise presse aux yeux des esthètes. N’était-elle pas, trop souvent, le fait d’amateurs répétant à l’infini paysages nostalgiques ou bouquets de saison ! Mais l’aquarelle, c’est autre chose que des joliesses, des arabesques et des émotions cousues de fil blanc. Et, de nos jours, fort heureusement, de grands artistes n’hésitent plus à y recourir à nouveau, lui accordant ainsi de nouvelles lettres de noblesse tout à fait méritoires.

Par sa diversité et par la qualité des neuf intervenants réunis par Jean-Michel François et ses assistantes, Isabelle de Longrée et Amélie Delille, l’exposition namuroise offre un excellent panorama d’une technique qui retrouve ses aises dans la création contemporaine la plus pointue. Têtes d’affiche de cette réalité actuelle bienvenue, un Hans Op de Beeck, un Barthélémy Toguo, une Oda Jaune, bien en place ici avec des partitions majeures, confèrent à l’événement une incontestable valeur ajoutée.

Op de Beeck est, sans conteste, l’un des plus sûrs garants de la créativité plastique belge. Poète de l’image arrêtée comme de celle qui galope par les vertus de la vidéographie, initiateur d’installations qui chantent en sourdine absences et présences, son écriture multiple engrange les saines réflexions et ses aquarelles, aux dimensions inusitées, sont comme un halo de rêves et d’inquiétudes, que l’encre noire attise de subtilités. Comme Op de Beeck, le Camerounais Toguo multiplie les diversions créatrices et, dans son chant prolifique et musclé, l’aquarelle occupe une case indispensable : elle résume, dans les transparences et les fortes symboliques, son engagement entre vie et mort au cœur du monde. Elles attirent et elles dérangent, ce qui est bon signe : les images insolites, subtiles et nourries, créées dans l’urgence, d’Oda Jaune agissent en miroir de nos sociétés actuelles, inquiétantes et faussement attirantes !

A leurs côtés, les six autres intervenants développent des particularités si évidentes et soutenues qu’elles témoignent, ensemble, de la riche diversité des papiers aquarellés, sources inépuisables de félicités d’envergure quand le cœur et l’esprit les gouvernent. On y mesure le chemin parcouru depuis ses débuts par un Stéphan Balleux souvent sombre et inquiétant, solide irrégulier à sa façon. On reste en arrêt face au doigté d’une Catherine Jansens, capable de transcender une réalité démodée par l’emprise dynamique du temps sur des natures mortes frappées par la grâce d’une seconde vie.

Les ciels, vastes comme une vie sans fin, de Richard Ballard trouent l’atmosphère d’ondées enveloppantes. Yvan Salamone met intelligemment l’eau qui purifie au service de recensions presque architecturales des vérités organiques du monde du travail. Isabel Baraona joue ses partitions sur l’ambiguïté constante de nos destins et le dit avec des traits fins et des couleurs vibrantes. Enfin, Eric Croes établit des métaphores de nos vies au travers d’images sportives.

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