Au cœur de Louvain (Leuven), à deux pas de la place Mgr Ladeuze, un magnifique musée est inauguré ce 20 septembre, par les princesses Mathilde et Maxima (son homologue hollandaise), par la rétrospective van der Weyden et une expo de l’artiste belge contemporain Jan Vercruysse. Coût du nouveau musée : 20 millions d’euros, dont 5 payés par la Communauté flamande, le reste étant à charge de la Ville dirigée par Louis Tobback.

Sur la rue Vanderkelen, reste comme témoin du passé du musée un fronton grec, classé par les monuments historiques et qui sert d’entrée aux visiteurs. Car il y avait déjà un musée à Louvain : le musée Vander Kelen-Mertens. On y a vu de belles expos comme celle, il y a sept ans, consacrée aux manuscrits du Moyen-Age. Mais il était devenu étriqué et portait un nom bien peu "sexy". Tout a changé. Le nouveau musée s’appelle "M", tout simplement, un nom court, qui claque, et compréhensible dans toutes les langues.

Il est surtout quatre fois plus grand et très contemporain. A l’issue d’un concours, c’est le projet de Stéphane Beel qui a été choisi. L’architecte est une des stars flamandes, puisqu’après avoir fait le Raveelmuseum, la "Rubenshuis", il termine la nouvelle aile du Singel et va commencer la transformation du musée de Tervuren. Ici, il a construit un musée de 13500 m², dont 6000 m² d’exposition, ce qui le place, en termes de surfaces, au niveau du SMAK à Gand. Stéphane Beel s’est appuyé sur deux bâtiments existants (l’ancien conservatoire et l’ancien musée) pour les transformer et les intégrer à deux bâtiments neufs dans un ensemble complexe, mais à la circulation fluide.

"Le défi était difficile, au cœur de la ville, mais, par le fait même, très intéressant", nous dit-il. Une fois le portique traversé, on peut descendre au musée, ou monter au jardin public d’où on admire les bâtiments neufs, en travertin chaud et beige, percé de grandes fenêtres. Des lignes pures qui côtoient bien les deux anciens bâtiments réutilisés. "Nous avons voulu redonner au centre-ville un espace libre, en sauvant même l’arbre, en créant des espaces de traversée typiques de Louvain." L’architecte a imaginé un parcours complet pour le visiteur sur un même plan, en jouant avec des légères déclivités pour compenser la pente du terrain. Il a dû tenir compte d’un musée qui peut montrer tant l’art actuel que l’art médiéval. "La circulation permet de passer harmonieusement de l’un à l’autre." Une architecture qui respecte les gabarits de la ville et ne s’élève pas plus haut que les maisons voisines, mais qui n’a pas peur de se dévoiler, avec ses deux petits tours qui délimitent l’espace, offrent de magnifiques terrasses sur la ville et "montrent" le musée vers l’extérieur.

Un lieu qui concilie l’humilité d’être dans une ville historique avec la volonté d’afficher sa modernité et de devenir un nouveau signe de référence dans la ville. "Il faut du sang neuf dans une ville historique. On a bien construit du gothique dans des villes plus anciennes. L’architecture contemporaine doit s’intégrer dans des villes, se montrer, tout en évitant d’être arrogante. Le musée de Gehry à Bilbao n’est pas mon style."

Ce nouveau musée bénéficie d’une cafétéria, d’un art shop, d’un atelier pour enfants, d’un espace pour des artistes en résidence, d’un auditorium et d’un nouveau jardin intérieur. Il possède de passionnantes collections dont la présentation a été entièrement repensée. On n’a gardé dans les salles que le meilleur, dont une sublime "Trinité" de l’atelier van der Weyden et des œuvres du XVe siècle. Il est aussi riche d’œuvres du XIXe siècle et de pièces d’arts appliqués dans la maison restaurée de Vander Kelen. Il possède enfin une riche collection Constantin Meunier, dont de grands plâtres d’atelier du sculpteur, qui résida dix ans à Louvain.