Une partition à deux voix où art contemporain et bande dessinée font mouche.

Située sur la place du Sablon, la galerie Huberty & Breyne propose un concept original dont elle s’est fait la spécialité : la rencontre entre l’univers de la bande dessinée et celui de l’art contemporain. Aux murs, figure une cinquantaine de dessins et de peintures. Les premiers sont signés Christophe Chabouté, scénariste et illustrateur de bande dessinée, les secondes CharlElie Couture, artiste contemporain quand il n’est pas chanteur. Et toutes représentent New York.

Ensemble, ils proposent deux visions et perceptions radicalement différentes de la Grande Pomme. Et pour cause. Si CharlElie Couture s’y est installé en 2003, Christophe Chabouté n’y a jamais mis les pieds. Se côtoient donc un New York vécu et un New York imaginé.

La ville, Christophe Chabouté l’a rêvée à travers les comics qui ont nourri sa jeunesse, mais aussi les films, les photographies et les clichés qu’elle véhicule. Il n’est donc pas étonnant que ses illustrations proposent des angles de vue très cinématographiques. Les traits sont nets, les dessins détaillés. "C’est le côté graphique de l’architecture et le rythme qui en découle qui m’attirent", explique-t-il. Nombre de ses réalisations sont consacrées à ce qu’on appelle les "brown stones", les maisons de briques rouges telles qu’elles existent encore surtout "downtown", dans le bas de la ville. "Quand j’ai commencé à aller à New York, dans les années 80, c’est aussi ce qui me fascinait, explique CharlElie Couture. Mais aujourd’hui ce n’est plus ce visage de la ville que je vois au quotidien. Désormais, New York c’est surtout une ville de verre, d’acier et de miroirs."

Une moissonneuse-batteuse

Le New York de CharlElie Couture est en effet très différent. "Je travaille beaucoup sur la taille gigantesque de ce qu’on trouve là-bas, tandis que Christophe dessine surtout les immeubles du bas de la ville, ceux qui sont presque à dimension humaine. Il travaille en noir sur fond blanc, c’est-à-dire qu’il amène l’ombre. Moi, je travaille en blanc sur fond noir, j’apporte la lumière."

Chez CharlElie Couture, pas de traits nets, pas de détails, tout est suggéré. Il se dégage de ses œuvres la sensation d’une ville moins ordonnée, pour ne pas dire chaotique et brutale. "New York, c’est un gros capharnaüm et c’est une ville très dure parce que les gens y viennent en étant prêts à tout, souligne-t-il. Mais qui peut le faire à New York peut le faire partout parce que le défi est très élevé. C’est une ville de compétition. C’est ça ou rien, il n’y a pas de moment de répit. C’est une moissonneuse-batteuse quand toi, en arrivant, toi, tu n’es qu’un petit épi. Si elle peut te faucher ton blé, elle le fera. Tout le monde y est en état de survie. Ça ne vaut pas la peine de venir à New York si tu n’as pas l’intention de te battre. Tu te feras bouffer en deux temps trois mouvements." Et c’est bien ce que traduisent ses toiles.Charles Van Dievort

Galerie Huberty & Breynes, rue Bodenbroeck 8A, place du Grand Sablon, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 22 janvier. www.hubertybreyne.com


CharlElie Couture

Né en 1956 à Nancy, il est diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts. En 1978, il sort un premier disque autoproduit et en 1981, il devient le premier artiste français à être signé sur le label Island Records. En 2003, il part s’installer à New York pour s’adonner à la peinture, à la sculpture, à l’écriture et à la photographie. Il ouvre sa galerie, "The RE Gallery", en 2010, à Manhattan. Il a enregistré 23 albums et donné plus de 1500 concerts dans le monde.

Christophe Chabouté

D’origine alsacienne, il est né en 1967 et a suivi une formation aux Beaux-Arts à Angoulême puis à Strasbourg. Il publie ses premières planches de bande dessinée dans "Les Récits" avant de se faire connaître avec deux albums primés en 1998 : "Sorcières" et "Quelques jours d’été". Son succès est confirmé l’année suivante avec la parution de "Zoé".