La photographe Marie-Françoise Plissart est connue comme une des meilleures photographes d’architecture, sachant saisir "le génie" d’un bâtiment. Elle fit aussi des belles séries sur "Bruxelles d’en haut" ou sur Kinshasa, et suivit tout le processus de rénovation de l’Emulation devenue Théâtre de Liège. On découvre au Botanique un pan plus intime et poétique de son travail : la mer et les arbres. Sur ces sujets universels, elle montre une belle singularité du regard et réussit le "miracle" dont parlait Henry David Thoreau : "Je regarde de tous mes yeux, je vais à ma fenêtre, je sens et je respire l’air pur. C’est un fait aussi glorieux que l’expérience la plus intérieure. Pourquoi avons-nous calomnié l’extérieur ? La perception de la surface des choses aura toujours sur des sens en bonne santé l’effet d’un miracle."

L’horizontal et le vertical

L’expo, en noir et blanc, est intitulée "Aqua Arbor", l’eau et l’arbre. Au rez-de chaussée, des photographies de différentes mers du globe prises dans le cadre d’un projet pour la station de métro Parc (en 2018). A l’étage, les arbres, aussi des quatre coins du monde.

Les mers, c’est l’eau, le liquide, les vagues, l’absence d’humains et d’objet, le mariage avec le ciel. C’est la matrice. A l’étage, l’arbre, c’est le vertical, le sec, la marque des humains, le masculin. Francis Ponge opposait "la mer qui a l’opiniâtreté de l’horizontalité" avec "les arbres qui ont l’opiniâtreté de le verticalité".

Pour ses photographies de mer, Marie-Françoise Plissart a chaque fois assemblé six images carrées d’une mer, pour recomposer une grande photographie, fruit d’un long travail d’assemblage. Elle rend compte du regard éclaté qu’on a devant la mer, embrassant d’un seul regard le ciel, l’eau, les vagues, la brume. Ainsi, quand elle photographie depuis les falaises d’Ecosse, on voit à la fois la plongée vers les vagues s’écrasant sur la grève et la contre-plongée du ciel infini.

Comment l’arbre donne un toit à nos tombes

Toutes ces mers, identiques et différentes, survolées d’oiseaux, bordées de rivages sur lequel on aperçoit un chien, terminées par un horizon inatteignable, d’Ostende à la Tasmanie, de Chine à la Patagonie, forment un seul océan sur la Terre. Une carte jamais vue de cette mer unique est dessinée sur le plancher dont les bords sont les continents.

A l’étage, les photographies, cette fois uniques, portent sur la rapport intense entre l’arbre et l’humain : comment on soigne un arbre blessé, comment l’arbre donne un toit à nos tombes, comment un éléphant s’y gratte. L’arbre est le fruit de l’homme et réciproquement. Pierre Lesage, un élagueur qu’elle rencontra chez l’architecte Pierre Hebbelinck (qui consacre un beau livre à la photographe) lui a expliqué que "le web n’a rien inventé. Ce sont les arbres qui depuis toujours forment le plus grand des réseaux par leurs racines qui vont jusqu’à la mer".

L’expo reprend aussi le beau film réalisé à Kinshasa sur le bord du fleuve Congo. Les rives défilent devant nous, bouillonnantes de vie, à côté de l’eau nourricière.

Bruxelles, Botanique, jusqu’au 31 janvier. Infos: 02.226.12.18, www.botanique.be