L’éventail est vaste. Et, si l’art brut le plus tendu trône au rez-de-chaussée, l’étage distille ses attractions plus naïves gorgées de sève et d’allant. Comme l’écrit Jean-Louis Lanoux dans le catalogue : "Il est des collections prisons. Il est des collections volières Des collections buissonnières où chacune des œuvres n’est là que pour nous inviter à ouvrir la porte étroite de la cage conceptuelle Elan d’échanges et de liberté "

Ouvrons grand la porte, quand l’invite est de si noble facture. Ouvrons l’œil et l’âme, pris au piège d’envols aux charmes discrets, percutants, sulfureux, obsédants. Quelle visite ! Les points forts y sont légion et les répertorier confinerait à l’inventaire d’un Prévert éberlué, anéanti, soudain désemparé, face à tant de fleurs sauvages, carnivores, omnivores, papivores, d’azur et d’or. Pêchons-les au hasard, chaque artiste étant un univers en soi, qu’il serait abusif de vouloir comparer aux autres d’alentour. Visite faite, le catalogue est un atout supplémentaire quand tout, peut-être, se brouille en vous au souvenir de tant d’attraits à la fois disparates, éclectiques, mais à ranger sous la même bannière d’un art sans exclusives. Un art de la liberté. L’entrée en piste n’est pas triste ! Courtisé déjà par les Surréalistes, Friedrich Schröder-Sonnenstern (1892-1982) nous déménage, c’est le mot, avec ses raccourcis saisissants comme dans "La pratique", ses êtres hybrides, ses banquets "sous une lune morale". Avec lui, l’art rigole de ne pas rigoler !

Et l’Italien Pietro Ghizzardi (1906-1986), quelle pêche dans ses portraits de femmes, regards de frappe et seins en boulets de canon ! D’un autre genre, aussi bouleversant, le Batave Willem Van Genk (1927-2006) nargue le monde avec ses gares surpeuplées de tout et d’écritures qui saturent le papier. Géniale folie ! Scènes de bataille et nymphes en maillot de bain : Josef Wittlich (1903-1982) surprend par ses couleurs appétissantes et fragiles. Et, bien sûr, Scottie Wilson (1888-1972) trouble par ses compositions, ses arbres de vie emplis de génies, d’extravagances. Tout un mur, vingt-cinq œuvres, et Wilson nous en fait voir des belles et des fantasmagoriques. Carlo Zinelli (1916-1974) interpelle avec ses dessins presque enfantins pétris d’idées et d’histoires. Impossible de tout répertorier, tout est attrayant.

A l’étage, voici des Yougoslaves moins connus que les Generalic et Rabuzin, plus inventifs et inédits : Ilija Bosilj (1895-1972) à l’écriture "fantastique" sur verre et sur toile; Sava Sekulic (1902-1989), grandiose dans ses chamboulements cosmiques; Matija Skurjeni (1898-1990) et ses fables énigmatiques. On aurait pu leur adjoindre l’étrange jongleur d’allumettes Emerik Fejes. Ce sera pour une autre fois ! Rousseau, Beauchant, Séraphine de Senlis, trois des naïfs épinglés par Wilhelm Uhde : trois mondes, trois passages obligés et, dans ce cas-ci, avec des pièces surprises. Ne pas oublier Nikifor (1895-1968), Polonais analphabète et magistral. Ne pas oublier non plus les plus jeunes, de Michel Nedjar (1947) à Jean-Baptiste Nadeau (1963). Et tous les autres.