En réaction à la plainte déposée jeudi pour recel qui vise son masque emblématique Luba, les représentants du Musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren se sont dits vendredi prêts à collaborer à l'enquête et conscients que "de nombreux objets ont été dérobés avec violence à l'époque de l'État Indépendant du Congo, et envoyés ensuite en Belgique". Leurs recherches sur l'origine des collections du musée constitueront d'ailleurs le thème de la première exposition temporaire du musée rénové en juin 2020. Le musée assure n'avoir nullement l'intention de cacher l'origine des collections et que l'inventaire des archives est systématiquement mis en ligne et laissé à la disposition du public. "Avec notre passé colonial, une partie de nos collections a été acquise lors d'expéditions militaires, par la violence, et sont des prises de guerre", reconnaît Guido Gryseels, directeur du Musée de Tervuren. Il ajoute disposer de preuves de paiement faites à une famille qui avait ramené en Belgique ce type de pièces acquises lors de pillages. "On n'a pour l'instant aucune demande de restitution. Pour les Congolais, le retour des collections n'est pas quelque chose de prioritaire, car ils n'ont pas de lieux de stockage adaptés".

"On voit qu'à partir du moment où l'information est rendue publique et sort des réseaux fermés de la muséographie, des personnes liés aux différentes familles concernées commencent à se manifester", remarque l'anthropologue de l'UCLouvain Martin Vander Elst, membre du collectif ayant porté plainte. "Il s'agit de biens mal acquis. Le manuscrit de Lapière témoigne ici des conditions du pillage. La plainte fait mention de l'inaction et du blanchiment car depuis au moins 1948, date à laquelle le musée fait une copie du manuscrit, le musée de Tervuren est au courant de l'origine illicite de ce masque. Il ne s'en cache pas, mais il ne se rend pas compte que le recel est un délit pénal. Il est censé le restituer sans contrepartie".