S’il y avait une initiative hors des sentiers battus à dénicher, c’est forcément du côté d’Antonio Nardone que nous allions la trouver. Une idée - souvent excellente - à la minute semble être la moyenne de ce bosseur infatigable ! Acteur incontournable de la scène artistique bruxelloise, l’homme aux multiples casquettes se change tour à tour en galeriste (propriétaire de l’enseigne éponyme), en concepteur d’événements, en commissaire d’expositions, en rédacteur en chef… Cette fois, il nous surprend dans un rôle que l’on n’attendait pas : éditeur de cartes postales. Que les maisons en place ne s’inquiètent pas, l’initiative n’est qu’une tentative isolée lui permettant de soutenir ses artistes. Et pour cause : si le public ne peut venir voir les œuvres traditionnellement exposées en galeries (mises en stand-by), c’est aux œuvres de se déplacer - symboliquement, par l’entremise d’une carte postale - pour rencontrer le public. L’idée, toute simple mais géniale, est née d’une double observation.

Créer du lien

La première observation se fonde sur l’expérience du premier confinement. Antonio Nardone profite de ce temps pour retourner à ses amours de jeunesse : peindre et dessiner. L’homme est en effet diplômé des Beaux-Arts (section peinture), des études qu’il mena parallèlement à ses études d’histoire de l’art (ULB). C’est donc tout naturellement qu’au printemps dernier, l’homme retrouve ses crayons, réalisant des petits dessins sur de belles chutes de cartons. Un clic-clac et une photo postée sur Facebook plus tard, ses contacts lui demandent comment se les procurer. Antonio Nardone se prend au jeu en envoyant gratuitement 152 dessins. "Les destinataires - des amis, des connaissances lointaines, des inconnus… - étaient tous très heureux de recevoir un dessin. Non pour sa qualité intrinsèque mais parce qu’ils aimaient l’idée de recevoir quelque chose par la poste." (Antonio Nardone) Tous partagent cette forme d’impatience, propre à l’enfance, en trépignant chaque matin devant leur boîte aux lettres. Mieux ! On retrouve dans cette démarche l’idée de partager, d’offrir ou de recevoir un "cadeau", de créer du lien…

Sas de décompression

Deuxième confinement, deuxième observation. Antonio Nardone remarque que les maisons d’édition ont enregistré, pendant la période de crise, des ventes remarquables de livres à colorier pour adultes. Des éditions très spécialisées et de très belle qualité offrant des dessins de type mandalas ou papiers peints japonais très fins. Et pour cause : des spécialistes soulignent les propriétés apaisantes du coloriage, vu comme un sas de décompression dans la journée, comme un moment que l’on prend pour se libérer de toute tension mentale. Un moment de sérénité plus précieux que jamais.

C’est donc assez naturellement qu’Antonio Nardone marie ces deux idées : envoyer par la poste quelque chose à colorier. Le galeriste a choisi six œuvres signées par des artistes qu’il défend au sein de sa galerie. "J’ai trouvé important de vouloir apporter de la couleur, dans cette grisaille que nous traversons ; le monde a besoin de couleur… mais aussi de contact !"

La façade de la carte reproduit l’œuvre originale que l’on retrouve en mode "coloriage" à l’intérieur. Sur le volet gauche, chacun écrira ce qu’il veut (anniversaire, rétablissement, vœux de fin d’année, déclaration d’amour…). Le concepteur a volontairement épargné les cartes de toutes phrases qui cloisonneraient leur usage. Ne subsiste que l’absolue liberté des mots. Seul impératif : prendre du plaisir ! Alors écrivez et surtout coloriez… Coloriez à l’envi. Coloriez à la folie !

Jeu de 6 cartes à colorier (avec enveloppes) Prix vendu à 10 € au profit des artistes. Participants Emelyne Duval - Mathilde Nardone - Daniel Pelletti - Juan-Miguel Pozo - Vincent Solheid - Phil van Duynen. www.galerienardone.be