La photographe belge Martine Franck n'avait pas tort lorsqu'elle avançait qu'"une photographie, c'est un fragment de temps qui ne reviendra pas."

Et pourtant, cette citation a été mise à mal par la décision du jury du World Press Photo de maintenir son prix à Giovanni Troilo pour sa série de clichés sur Charleroi (voir détails ici). Pour rappel, Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi, avait demandé cette semaine au jury du World Press Photo, "d'examiner la possibilité de retirer le prix attribué à M.Troilo" estimant que ses photos étaient montées de toutes pièces (voir ici).

Un avis partagé par de nombreux photojournalistes dont Gaël Turine, qui livre, à LaLibre.be, son opinion bien tranchée sur "cet entubage en règle" (sic).

"C'est affligeant et dommageable. Notre métier est déjà vulgarisé par le public et par la presse et cette institution (NDLR : World Press Photo) contribue au péril et surtout à l'appauvrissement de notre activité ! Un photojournaliste se réclame d'une certaine subjectivité. Mais ici, Giovanni Troilo est tellement subjectif qu'il en devient fictif ! Quel message envoie-t-on aux futurs photojournalistes ? Comment prouver au grand public qu'une photo n'a pas été mise en scène ? Bref comment faire confiance ?"

Pour le photojournaliste belge, le jury du World Press Photo est peu reprochable. Par contre, l'institution s'est torpillée. "Le jury est tombé dans le panneau. Certains membres ont été consultés pour la reconsidération du prix mais ils n'ont pas fait pencher la balance dans le bon sens. Il y a également une politique dont on ne connait pas les dessous. Les 3/4 des membres de l'institution se croient sortis de la cuisse de Jupiter. Dans leur deuxième communiqué, ils usent de phrases alambiquées. Je comprends assez bien l'anglais mais il m'a fallu plusieurs lectures pour bien comprendre. Ils auraient mieux fait de calmer le jeu pour marquer le coup, mais ici c'est beaucoup plus grave, c'est affligeant !"

Et constatant l'attitude de l'institution, Gaël Turine se demande s'il ne s'agit pas d'une blague. "Une blague belge n'est marrante que quand elle est montée par les Belges...", souligne-t-il.

Gaël Turine compte-t-il malgré tout se rendre à Amsterdam pour la remise des prix ? "Je préfère ne pas me prononcer. Mais une chose est sûre, beaucoup de photographes sont gênés d'y aller car ils ont l'impression de faire partie de cette mascarade."